Les banques à l’heure de la co-innovation

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Alors que la transformation digitale et l’émergence de nouveaux acteurs modifient en profondeur le secteur bancaire, les banques optent toujours davantage pour des dispositifs de co-innovation. Pourquoi et comment les grandes banques mettent-elles en place une démarche d’innovation ? Le point avec Edouard Barbier, Consultant Principal Banque & Assurance chez Orange Consulting.

Le secteur bancaire s’ouvre : ses acteurs aussi !

La transformation digitale a un impact sur tous les métiers de la banque. Elle favorise le développement de nouveaux produits et services dont le but est de mieux répondre aux attentes des clients et de leur offrir une expérience en phase avec leurs comportements. Elle permet également d’améliorer l’efficacité opérationnelle, tout en diminuant les coûts de fonctionnement.
 

« D’importants programmes de réduction des coûts ont été mis en place dans les banques ces dernières années. Ils donnent plus de marge de manœuvre pour réaliser des investissements dans les technologies », souligne Edouard Barbier.
 

 

Autre impact du digital sur le secteur bancaire : la percée des Fintech et des nouveaux acteurs comme les néo-banques (autrement dit les banques uniquement accessibles en ligne) ou encore les fournisseurs de services de paiement en ligne. Ces derniers prennent de plus en plus d’ampleur, notamment grâce à l’évolution du cadre réglementaire encourageant l’ouverture à la concurrence de domaines autrefois monopolistiques tels que les solutions de paiement.

Pour rester concurrentielles, les banques s’adaptent : la co-innovation et l’ouverture à des partenaires externes apparaissent comme des solutions efficaces pour répondre à ces nouveaux défis.

Concrétiser les idées innovantes plus rapidement

L’objectif de la co-innovation est simple : créer de la valeur à travers la co-création de nouvelles solutions. À la clé, de meilleurs produits et services pour les nouveaux clients, une optimisation de la chaîne de valeur (en termes de coûts, et de qualité) et une réinvention de business model.

« Nous menons 3 grands types de projets de co-innovation avec nos clients bancaires », explique Edouard Barbier. « La recherche sur des projets prospectifs à horizon 3 ans, des projets d’anticipation pour développer des prototypes ou des concepts sur 2 ans, et enfin du « delivery », consistant à prendre des prototypes qui fonctionnent pour les amener sur le marché dans les 18 mois. ». Pourquoi ces alliances ? « Les banques ne manquent pas d’idées ! », assure Edouard Barbier. « L’avantage de construire un écosystème de partenaires techniques et innovants, c’est qu’il permet de transformer plus rapidement une idée en opportunité de développement. Pouvoir concrétiser et tester les solutions au plus vite ensemble, c’est diminuer les risques d’échec. ». Par exemple, le Crédit Mutuel et BNP Paribas, qui mettaient au point chacun de leur côté un porte-monnaie électronique, ont fusionné leurs projets pour accélérer le lancement et proposer ainsi Lyf Pay, une nouvelle application de paiement mobile intégrant les programmes de fidélité de grandes enseignes de la distribution.

Mais la co-innovation n’est pas uniquement technologique. Elle peut aussi permettre de profiter de la position d’un partenaire sur un marché, à l’instar du Crédit Agricole et de Mazda qui ont mis en place une offre de financement préférentielle à destination des futurs clients du constructeur automobile.

Comment structurer un écosystème innovant ?

« Pour étendre leur écosystème d’innovation, la stratégie généralement adoptée par les banques consiste à créer des partenariats avec de grands acteurs de la transformation digitale, des acteurs académiques (écoles d’ingénieurs, instituts de recherche…), et bien sûr les start-up », détaille Edouard Barbier. Parmi les pratiques très développées : celle de la création d’accélérateurs de projets numériques. De plus en plus de banques optent également pour le principe du « one roof » qui consiste à rassembler dans un même espace les collaborateurs de l’entreprise et ses partenaires pour créer les conditions de l’agilité et s’imprégner de la force d’innovation de toutes ces parties prenantes. La plupart des grandes banques françaises ont ainsi lancé des espaces de coworking internes pour que leurs collaborateurs innovent entre eux et collaborent avec des partenaires externes. Un exemple de cette matérialisation de l’écosystème est le Village du Crédit Agricole : cet accélérateur qui met en relation start-up et grandes entreprises, ETI et PME (partenaires), dispose de 26 lieux d’hébergement en France.

Orange Consulting accompagne ses clients du secteur bancaire dans la mise en place de partenariats d’innovation. A l’instar de celui initié en juin 2016 avec Informatique – Caisse des Dépôts. L’objectif de ce dispositif est triple. Diffuser une culture de l’innovation, favoriser l’émergence d’idées au sein des directions métiers et développer un écosystème de partenaires innovants.

Une impulsion qui doit venir du management

Pour mener à bien ces projets de co-innovation, il est important que la Direction Générale ou le Chief Digital Officer incarnent cette volonté de coopération notamment grâce à un management incitatif. À ce titre, Edouard Barbier rappelle que « l’essentiel est d’installer et de développer le climat de travail le plus bienveillant possible, en optant pour la confiance et la liberté plutôt que pour le contrôle. Les start-up connaissent leur métier, il faut les laisser conduire de manière autonome leur partie du projet et bien entendu valoriser les experts qui travaillent sur les dimensions les plus techniques. »

L’innovation est une culture et non pas un projet, nous apprenons sans cesse !