Bimodal IT : pourquoi les mainframes ne sont pas morts ?

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Le concept de l’informatique Bimodale (Bimodal IT) est né de l’observation par les analystes de Gartner de l’existence d’une informatique à deux vitesses : le ‘legacy’, stable et fiable entièrement maîtrisé par la DSI, et une informatique agile et rapide, tournée vers le développement et l’innovation, basée sur le cloud. De l’hybridation de ces deux informatiques est née une DSI moderne qui accueille la transformation digitale. Nous avons interviewé sur ce sujet Yann Imbéry, IT Business Partner chez Orange Cloud for Business.

Le ‘legacy’, serpent de mer des DSI

Malgré les progrès du cloud computing d’infrastructure, les DSI continuent de baser une bonne partie du cœur de leur SI sur leur héritage informatique. Tel Nessy, l’informatique historique fait croire qu’elle a disparu et sort la tête hors de l’eau dès que cela est possible. L’explication : l’innovation ne se répand pas sur le terrain au même rythme que celui de son invention dans les laboratoires.

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Entre stratégie et culture, le DSI du 21ème siècle doit fournir le meilleur à son entreprise : innovation et stabilité, sans faire d’impasse sur l’un ni l’autre.

En 2017, l’informatique des entreprises françaises reste traditionnellement l’héritage de plusieurs décennies de pratiques, avec des équipements financés en interne et comptablement amortis. Une fois ces amortissements réalisés, difficile de tout jeter à la poubelle et de recommencer de zéro.

Ces mainframes qui n’en finissent pas de mourir

Parmi les dinosaures de l’informatique, on trouve en particulier les mainframes qui survivent, qu’on le veuille ou non, au cœur de nombreux SI. Pas étonnant qu’on trouve aujourd’hui de nouvelles annonces d’emploi de chefs de projets mainframe. La DSI se doit de maintenir, préserver et éventuellement faire progresser cette informatique, et non mettre tout par terre au nom de l’innovation. La maintenance du ‘legacy’ occupait ainsi, en 2014, 36 % du temps des départements informatiques et 70 % des budgets IT en 2017 (source : PAC).

Pourquoi l’informatique historique a encore un rôle à jouer dans la transformation digitale ?

« Cette informatique historique a le mérite d’être très éprouvée » explique Yann Imbéry. Son inconvénient est en fait son avantage principal : peu d’innovation implique plus de stabilité et de fiabilité pour des applications très stables qui évoluent peu ou pas. Sans oublier la relation privilégiée avec les rares grands acteurs de l’informatique qui ont survécu et qui arrivent finalement à conserver leurs parts de marché.

Bimodal IT et Cloud : quand l’historique et la transformation digitale font équipe

Dans le camp opposé à l’informatique traditionnelle est née une informatique plus moderne et performante, avec des composants comme le Cloud, le PaaS, la méthode agile ou encore DevOps qui permettent aux entreprises de faciliter leurs nouveaux développements. Confrontée à la concurrence, l’entreprise est ainsi capable de monter rapidement une infrastructure, de développer tout aussi vite une démarche MVP (Minimum Valuable Product), de supporter les ‘sprints’ et de rechercher les partenaires et les écosystèmes pour l’accompagner.

 

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Légende : Henrik Kniberg résume la démarche MVP qui correspond aux nouvelles attentes des consommateurs, friands de nouveautés. Les nouvelles approches informatiques la rendent possible.

Les monsieur Jourdain de l’informatique Bimodale

La question n’est donc pas de sacrifier la stabilité de l’informatique historique à la modernité, ni l’inverse, mais bien de combiner les deux, c’est cela l’informatique Bimodale.

« Beaucoup d’entreprises aujourd’hui adhèrent à cette approche, parfois sans le savoir, notamment par la consommation d’applications en SaaS » nous explique Yann Imbéry. Elle offre une meilleure exploitation de la virtualisation, une gestion fine des investissements et de la consommation, ainsi que la capacité de supporter des pics de charge avec un niveau de sécurité inégalé.

Trouver le(s) bon(s) partenaire(s)

Il est toujours possible de créer un cloud privé sur des technologies existantes mais cette démarche ne correspond qu’à la modernisation de la consommation d’une informatique basée sur des technologies dépassées. Si l’on prend l’exemple du Big Data, il est logique que la DSI s’oriente vers des plateformes tout ou partie externes. Les solutions sont de plus en plus basées sur un écosystème de partenaires qu’il faut fédérer et consolider. La DSI va donc construire et ouvrir un catalogue de services faisant appel à des ressources stratégiques adaptées à plusieurs régions géographiques, pas toujours sécurisées par nature, qui répondent aux réglementations de localisation imposée. A moins, bien entendu, qu’elle ne dispose de capacité de financement qui lui permette de se doter de datacenters dans plusieurs pays.

Le Bimodal IT, signe de maturité

« Les entreprises qui mettent en application l’approche Bimodal IT de Gartner font preuve de maturité » affirme Yann Imbéry.

Notons ici qu’elle peut également faire le choix, souvent judicieux, de l’hybridation (les deux concepts ne sont pas équivalents ni interchangeables). Une entreprise qui génère des volumes de données importants est soumise à des obligations règlementaires de stockage et de sauvegarde des données. Elle pourra, grâce à l’hybridation, construire rapidement et diversifier ses ressources informatiques, les partager entre l’interne et le cloud selon des clés de répartition. Elle adoptera un mode de développement, puis de déploiement et, enfin, de stockage et d’archivage adapté au type, à la localisation et à la criticité de la donnée ainsi qu’aux pics de charge. « C’est là tout l’intérêt de l’hybridation, et de l’adoption d’une informatique Bimodale » conclut Yann Imbéry.

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Yves Grandmontagne

Observateur privilégié de la transformation digitale et de l'engagement numérique des C-Level, partenaire des grands clubs de décideurs IT, je suis le  rédacteur en chef d'IT Social. Depuis plus de 35 ans, avant même que le PC n'existe, je vis l'aventure de l'informatique. Journaliste depuis plus de 15 ans, je suis co-fondateur de Silicon.fr, j'ai collaboré à L'Informaticien, IT for Business, Programmez, Le Monde Informatique, et j'ai été le dernier rédacteur en chef du magazine CIO.