Solutions de cloud européen : l’innovation dans le respect des valeurs

Est-il possible de proposer des solutions de cloud européen, conformes aux valeurs européennes, ouvertes et transparentes, qui restent compétitives ? Un panel rassemblant décideurs publics et représentants du secteur privé invités par Orange fait le point.

Le 16 mars 2022, à mi-mandat de la Commission européenne, et dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE), se tenait, au siège d’Orange, la conférence labelisée PFUE « Stratégie européenne du Cloud : comment allier souveraineté et compétitivité ? ». Sous la modération de Eline Chivot, conseillère politique numérique au European People Party, Pearse O’Donohue, directeur de Future Networks pour la Direction Générale Connect à la Commission européenne ; Mathieu Weill, chef du service de l’économie numérique-DGEntreprises au ministère de l’Economie français ; Francesco Bonfiglio, CEO de Gaia-X ; Sébastien Windsor, président d’Agdatahub et président des Chambres d’Agriculture en France et Aliette Mousnier-Lompré, directrice générale d’Orange Business Services par intérim, ont échangé sur les avancées européennes en matière de cloud, tiré un bilan et ébauché des perspectives pour les acteurs publics et privés.

La nécessité d’un numérique européen

Premier constat : l’élaboration d’une souveraineté européenne en matière numérique, dont le cloud est la pierre angulaire, fait désormais l’objet d’un large consensus des acteurs publics et privés. Comme le rappelle Mathieu Weill, « L’époque est révolue où cette idée d’une autonomie numérique était vue soit comme une lubie irréaliste soit comme le moyen de protéger artificiellement des champions nationaux de la suprématie américaine. » La pandémie et la guerre en Ukraine ont confirmé la nécessité de mieux contrôler l’énorme quantité de données que nous générons en Europe. « Le numérique ne se limite plus seulement à l’économie, c’est un fait social global », souligne Francesco Bonfiglio.

Mettre fin au phénomène de boite noire pour l’utilisateur

Sébastien Windsor illustre la nécessité de ce contrôle des données par des exemples concrets issus du monde agricole. Ainsi les données de rendements collectées par une moissonneuse connectée partent, sans le consentement de l’utilisateur, chez le constructeur de l’engin qui les revend à des tiers. « Ceux-ci peuvent alors spéculer sur mes rendements plus rapidement que moi. Mes propres données se retournent alors contre moi ! On doit pouvoir décider où vont nos données. » La souveraineté numérique, confirme Aliette Mousnier-Lompré, c’est s’assurer que le stockage et surtout le traitement des données obéissent à « des règles et valeurs communes de transparence, d’ouverture, de réversibilité, de protection contre les lois extra territoriales et de respect de l’environnement ».

L’Europe à la manœuvre

Pour Mathieu Weill, « le cloud est la mère de toutes les batailles !» L’Europe apparait en effet comme la seule échelle pertinente pour bâtir cette souveraineté et imposer ces valeurs. Dans ce cadre européen, la coopération public-privé est essentielle. Aliette Mousnier-Lompré illustre cette coopération par l’implication forte d’Orange en tant que membre fondateur de GAIA-X, de l’Alliance pour le Cloud, l’Edge et la Data, ou encore dans son rôle de chef de file pour le projet de PIIEC Cloud. Au niveau national, c’est aussi grâce à des partenariats que des projets concrets de valorisation de la donnée ont été mis sur pied ; aux côtés d’Agdatahub ou encore du CNES. Orange a également rappelé son projet avec Capgemini de créer Bleu, une société qui fournira un « cloud de confiance » en France. Pearse O’Donohue précise que l’autonomie numérique européenne se base sur un cercle vertueux où investissement, régulation et coopération se renforcent l’un, l’autre. Les consortiums portés par les financements européens comme GAIA-X permettent ainsi à des acteurs autrefois concurrents de se parler et de coopérer.

Innovation et confiance

Tout le monde convient que la souveraineté ne peut pas être seulement la formule magique. Les projets européens numériques doivent avant tout être compétitifs sur le marché global. « Les entreprises accorderont autant d’importance au service qu’à la souveraineté » résume Aliette Mousnier-Lompré. Il faut donc que les investissements fassent avant tout émerger de l’innovation et, en amont, servent à la formation en cybersécurité, en data scienceLa confiance dans les solutions européennes ne se construira qu’autour de cet écosystème. Ce n’est donc pas une souveraineté qui érige des murs mais bien une souveraineté d’ouverture, porteuse de valeurs. « Nous ne sommes pas condamnés à être moins bons que les américains ! » s’exclame Sébastien Windsor, en soulignant que les solutions développées en Europe peuvent être très innovantes et compétitives. C’est le cas par exemple pour l’outil  d’aide à la décision dans la lutte contre le mildiou de la pomme de terre proposé par les instituts techniques agricoles.

Le cloud… et demain

Le cloud souverain s’inscrit dans un projet plus global où l’Europe, ses industries, ses instances politiques et ses citoyens reprennent la main sur toute la chaine de valeur du numérique, depuis la production de puces jusqu’au traitement du big data en passant par l’intelligence artificielle. « La moitié du mandat de la Commission européenne s’est notamment concentré à poser des principes, il faut maintenant les enclencher », dit Mathieu Weill. Au-delà du cloud, l’avenir s’appelle edge computing, ordinateur quantique, etc. « En plus de l’innovation et de la sécurisation des données, le respect de règles environnementales peut également changer la donne pour imposer un numérique européen » précise Pearse O’Donohue.

La conclusion revient à Francesco Bonfiglio : « le cloud c’est déjà vieux. Les acteurs européens ont clairement une carte à jouer pour être les prochains grands de demain sur des frameworks qu’il reste à inventer. »