L’usine digitale sera construite autour des femmes et des hommes

Orange Business Services a récemment mené une étude auprès de 100 petites et grandes entreprises du secteur industriel : 88 % des participants ont lancé un projet de digitalisation au sein de leur usine, mais seuls 18 % de ces projets ont passé l’étape de pilote en vue d’un déploiement. Benjamin Spund, spécialiste de l’industrie chez Orange Business Services, a échangé sur le sujet avec Aldric Auer, ancien directeur d’usine dans l’automobile et désormais directeur de mission chez Delville Management, un cabinet de management de transition, qui accompagne des entreprises industrielles dans leur transformation digitale

Benjamin Spund. Lorsque des industriels choisissent des outils digitaux, c’est principalement pour des raisons de sécurité, de qualité et de productivité. Pourtant, vous semblez très attaché à l’humain, dont il est de plus en plus question dans nos échanges avec d’autres acteurs, qu’il s’agisse de renforcement des compétences, de reconversion professionnelle, de mobilité dans l’atelier, d’expertise, d’aide à distance, etc.). C’est également le cas à propos de la lutte contre le changement climatique et la décarbonation des activités industrielles. Quels sont vos sentiments, vos convictions, concernant la mise en place de nouvelles technologies dans les usines ?

Aldric Auer. Au cœur de toutes nos activités, il y a des personnes. Notre but premier est de les aider à se former plus facilement à leurs missions, à accomplir leurs tâches quotidiennes, à éviter de commettre des erreurs entraînant des défauts, des rebuts ou des incidents auprès des clients. Il convient d’adapter les méthodes de transformation digitale aux spécificités de chaque entreprise, à savoir sa cadence de production, les compétences et les profils recherchés pour chaque poste, etc. Il est essentiel de convaincre les futurs utilisateurs des avantages que présentent ces outils numériques, notamment grâce à des techniques de conduite du changement et de management de transition. Négliger l’accueil de ces outils par les utilisateurs peut conduire à un échec de mise en place des outils.

À ce titre, le Customer Innovation Center d’Orange Business Services, site de démonstration des solutions et services pour les entreprises, propose des outils ‘Smart Industry’ intéressants en matière d’assistance aux opérateurs. Ces dispositifs sont applicables à tous types de domaines : sécurité, contrôle qualité, maintenance, chaîne logistique, etc. Les retours sur investissement, notamment en termes de sécurité et de qualité, ne sont pas toujours tangibles, mais la digitalisation des activités entraîne systématiquement un gain pour les utilisateurs (gain de temps, amélioration des conditions de travail, montée en compétence, renforcement de la collaboration entre équipes IT et métiers, …).

B. S. Cela fait maintenant plusieurs années que l’on entend parler de fabrication digitale, d’industrie du futur, d’industrie 4.0 et désormais de Smart Industries, voire d’Industrie 5.0 : plus humaine, durable et résiliente. En quoi le digital peut-il améliorer le fonctionnement d’une usine ?

A. A. On parle d’industrie 4.0 d’une part et de fabrication digitale d’autre part, cette dernière ne tenant pas suffisamment compte du facteur humain et environnemental. De nombreuses technologies déjà adoptées dans les usines sont considérées comme faisant partie de l’industrie 5.0, car l’opérateur y occupe une place centrale. La « cobotique » en est un très bon exemple : un cobot (ou robot collaboratif) travaille en harmonie avec l’opérateur en effectuant pour lui les tâches physiques répétitives ou dangereuses. En outre, les institutions européennes nous imposent d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il est bien sûr envisageable d’intégrer cet objectif au développement de l’industrie 5.0. La transformation digitale de l’industrie peut se conduire selon deux rythmes. La première approche consiste à maîtriser les processus principaux de votre cœur de métier en analysant ses contraintes et en créant ses propres outils. Dans le même temps, Il est aussi possible de cibler un processus, un poste de travail, une activité et les contraintes que l’on souhaite éliminer, puis trouver l’outil adéquat sur le marché. Cela nous mène parfois à découvrir des outils formidables auxquels nous n’aurions pas pensé.

B. S. Quel conseil ou quel message voudriez-vous transmettre à ceux qui se lancent dans un projet d’usine digitale ou qui l’ont déjà engagé ?

A. A. Pour se lancer dans l’industrie 5.0, il convient de tenir compte des enjeux humains et environnementaux de votre projet de fabrication digitale à l’échelle mondiale. Une fois vos objectifs définis, vous devez ensuite déployer des outils « quick win » (ou « action à gain rapide ») tels que ceux présentés dans le Customer Innovation Center d’Orange Business Services, et développer des projets avec des retours sur investissement à long terme, voire indirects. Cette feuille de route vous permettra de préparer vos arguments pour convaincre les décideurs et utilisateurs de la nécessité d’adopter ces outils. Notons que tous les outils n’existent pas encore : vous serez amené à en créer certains et vous en découvrirez d’autres régulièrement. Alors, gardez l’esprit ouvert, mais n’oubliez pas votre feuille de route, vos axes d’amélioration principaux et impliquez vos utilisateurs sur le terrain.

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Benjamin Spund

Business Developer Sectoriel chez Orange Business Services, j’apporte à mes clients de l’Industrie le meilleur des technologies et des innovations issues du monde de l’IT et de l’OT. Ensemble, nous cherchons à améliorer la sécurité, la qualité et la productivité de leurs activités industrielles en plaçant le numérique au service de l’humain.