Conférence des visionnaires : comment se préparer à la nouvelle vague technologique ? #CWPR17

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Le lundi 3 juillet avait lieu, en ouverture de la CloudWeek 2017, la « conférence des visionnaires ». Conscients que la vague du cloud et de l’ubérisation a impacté durablement le mode de fonctionnement des entreprises, les intervenants de cette conférence ont apporté leur point de vue sur « la vague d’après », celle dont on peut à peine deviner la nature, mais qu’il ne faudra pas rater. Car s’il est impossible de prédire précisément le futur, les tendances, les attitudes à adopter et les investissements à réaliser peuvent, eux, être discernés.

La vague du digital n’aura pas emporté la presse

En introduction, Christophe Victor, directeur général des Echos a présenté son bilan sur la révolution numérique, qui a frappé l’économie de la presse écrite de plein fouet. Dans ce secteur, le digital a été « à la fois une terrible menace et une formidable opportunité ». Si le digital a en effet tué le journal papier, « notre audience est passée de 1,5 millions à 9 millions de lecteurs ». Les témoignages que nous avons pu écouter durant cette conférence résume cette double face du numérique, que Bernard Stiegler nomme Pharmakon (à la fois poison et remède).

La technologie et ses avancements ne doivent pas faire oublier l’éthique

« Pour la première fois de son histoire, l’humanité doit faire face à la pénurie, prévient Corinne Versini, Fondatrice de Genes’Ink. Son entreprise a inventé des semi-conducteurs non-polluants, à base de matériaux disponibles et abondants.

« En 1990, on pensait qu’il faudrait entre 3 et 5 siècles pour décoder le génome humain, cela a finalement été fait en 2003. Aujourd’hui, vous pouvez l’avoir en envoyant votre salive par courrier »

Corinne Versini,  Fondatrice de Genes’Ink

Selon Corinne Versini, la science évolue donc inévitablement, et la question de savoir si une technologie doit ou non être développée ne se pose pas, car elle le sera un jour.

En revanche, « l’éthique existe et c’est elle qui fait que la science peut-être au service de l’humanité. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », soutient-elle en citant Rabelais. « C’est une responsabilité qui nous incombe à tous, insiste Corinne Versini, nous devons repenser les processus en y intégrant l’éthique dès le début : mon produit sera-t-il « green » ? Sera-t-il construit avec des produits dangereux ? Utilise-t-il des matériaux rares ? ». De l’éthique by design en quelque sorte, sujet qui commence à émerger, et qui fut abordé par le Cigref.

Les révolutions à venir sont directement dépendantes de la recherche

Antoine Petit est président de l’Inria, l’institut national de recherche dédié au numérique, depuis 2014. Dès le début de son intervention, le chercheur a tenu à casser quelques idées reçues et en premier lieu l’objectif de la recherche.

 « ce qui se fait dans nos laboratoires, ce sont les futurs possibles. Le futur n’est pas écrit, il faut compter sur les recherches scientifiques »

Antoine Petit,  président de l’Inria, l’institut national de recherche dédié au numérique

Et pour preuve, le concept même de mobilité introduit par Apple en 2007 n’aurait peut-être pas eu lieu sans la recherche, et en particulier la recherche française : « l’un des pères de l’iPhone est un Français de l’Inria qui a convaincu son ami Steve Jobs de développer un téléphone mobile, puis durant 5 ans, a développé l’iPhone à Paris dans le secret le plus total ». 

Autre exemple : « Samsung voulait lancer des réfrigérateurs à reconnaissance vocale : ils ont fait appel à l’Inria pour leur fournir un algorithme capable de reconnaître la voix ». L’organisme de recherche avait développé le logiciel de reconnaissance vocale sans chercher d’application commerciale, mais l’évolution des technologies et du marché a rendu ce produit commercialisable. Trop souvent boudée en France comme à l’étranger, en raison de ses résultats incertains, la recherche est pourtant à l’origine de toute révolution technologique.

Mais, selon Antoine Petit, la situation géopolitique semble avantager la France qui, suite au Brexit et au retrait des Etats-Unis de la COP21, a l’occasion d’abriter un écosystème d’investisseurs, de chercheurs et d’entrepreneurs. « Nous sommes devant un extraordinaire potentiel d’opportunités », estime Antoine Petit. « Pour une fois, nous devons être optimistes car la France a tous les atouts pour jouer un rôle majeur. Nous ne sommes qu’au début d’une grande révolution numérique », conclut-il.

Quand les valeurs guident la technologie

Jean-Charles Samuelian a connu son premier succès avec sa start-up Expliseat, qui a réalisé les sièges des classes économiques des avions Airbus et Boeing, à base de matériaux composites, les rendant 50% plus légers. Son entreprise actuelle, Alan, est une mutuelle en ligne qui a pour but de rendre les démarches plus simples, en « éliminant tous les points de friction ». « Le cercle est vertueux, car nous pouvons réinvestir dans le produit les économies apportées grâce au digital », affirme Jean-Charles Samuelian.

La petite entreprise de 15 personnes a obtenu son agrément il y a peu, une première depuis 30 ans, dans ce marché très régulé. Pressenti comme une petite révolution dans ce domaine, la réussite de ce produit est selon son créateur liée à la valeur interne de l’entreprise « Nos valeurs en interne se reflètent à l’extérieur. Nous avons également pris des engagements, dont deux principaux : ne jamais revendre la donnée, et ne jamais l’utiliser pour personnaliser les coûts ».

Si selon les propres mots d’Antoine Petit, « personne ne peut prédire l’avenir », ces trois témoignages nous auront fait cependant comprendre que cet avenir ne peut se construire sans recherche fondamentale et ne peut s’épanouir sans un sens certain de l’éthique.

Yann

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Yann Gourvennec

Je suis spécialiste en systèmes d'information, marketing de la highTech et Web marketing. Je suis auteur et contributeur de nombreux ouvrages et Directeur Général de Visionary Marketing. A ce titre,  je contribue régulièrement sur ce blog pour le compte d'Orange Business Services sur les sujets du cloud computing et du stockage dans le cloud.