Diginove cartographie le monde avec les données de sobloo

Partager

Nous devrions être plus de 8 milliards sur Terre en 2025. L’évolution de la population mondiale appelle de nouveaux besoins sanitaires, d’infrastructures, de services, auxquels il peut être difficile de répondre en l’absence de données démographiques fiables. Diginove propose, au travers de son service TeleCense, des mesures fiables sur la base des données brutes de l’initiative DIAS. Elle ambitionne de devenir l’acteur de référence dans le secteur des données géographiques spatiales (estimé à 88 milliards de dollars l’année prochaine). Pour mieux comprendre son projet, j’ai interviewé Michel Bénet, président et fondateur de la start-up aixoise, qui fait partie du programme Cloud Starter d’Orange Business Services dont j’ai la responsabilité.

Avec le service TeleCense de Diginove, pas besoin de se rendre à Kikwit en République Démocratique du Congo pour en connaître le nombre d’habitants. Une démonstration de l’outil est disponible par ce lien.

Recenser les populations dans les zones difficiles d’accès

Diginove, une jeune pousse créée en 2016 et qui vient d’intégrer mon programme Cloud Starter, a pour objectif d’améliorer les estimations de populations, en particulier dans des régions où cette tâche est difficile, notamment l’Asie du Sud, l’Amérique du Sud et l’Afrique Subsaharienne.

Un objectif ambitieux rendu possible grâce au portail sobloo dont elle se sert pour son service TeleCense : « Les données issues de la place de marché sobloo offrent de nombreuses possibilités à des acteurs publics comme privés : assainissement des eaux, électricité, services de santé, assureurs, télécoms, etc. », nous explique Michel Bénet.

Les multiples usages possibles du service TeleCense

L’amélioration de la fiabilité des recensements permettrait également de pallier certains problèmes politiques liés aux élections, où la fraude est facilitée par l’absence d’estimation précise des populations. Enfin, elle pourrait également faciliter la gestion de crises, comme la propagation d’un virus ou une catastrophe naturelle, grâce à une connaissance approfondie du nombre de personnes à prendre en charge dans la zone concernée.

« Actuellement, si l’on prend l’exemple de la République Démocratique du Congo, le dernier recensement date d’il y a 30 ans, et les dernières estimations de 15 ans, ce qui rend difficile un plan de secours sur place en cas d’urgence », précise Michel Bénet.

Estimer une population, une tâche complexe nécessitant une technologie de pointe

« Estimer la population ne revient pas à compter les habitants un par un, c’est strictement impossible », prévient Michel Bénet. Pour ce faire, Diginove a recours à la fusion d’images radar et « visibles » (photographies). Il s’agit ensuite de distinguer sur ces images les bâtiments, puis de les caractériser (maison, immeuble, bureaux, etc.), afin de mesurer une densité de population. Le résultat peut ainsi être consulté sous forme de cartes (voir l’image ci-dessus). Ceci est possible grâce à l’intervention du LIED (Le Laboratoire Interdisciplinaire des Énergies de Demain) et l’institut E-Geopolis en s’appuyant en particulier sur l’étude de la population urbaine mondiale réalisée par le professeur François Moriconi-Ebrard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste en sciences humaines.

La solution TeleCense de Diginove s’appuie sur un ensemble de données complémentaires (voir schéma ci-dessous), sur lesquelles s’appliquent deux algorithmes (un algorithme classique de traitement d’image et un d’intelligence artificielle), tous les deux basés sur le cloud d’Orange Business Services.

Plusieurs initiatives sont en cours pour améliorer les modèles démographiques de TeleCense : « Nous sommes en discussion avec Orange pour mettre en place l’étude des flux de personnes, grâce aux données mobiles. Si l’on observe une forte affluence dans une zone du matin au soir, ce sera une zone de bureaux. À l’inverse, si le pic d’affluence se situe du soir au matin, ce sera une zone résidentielle. Si on constate des allées et venues continues toute la journée, ce sera une zone commerciale », explique Michel Bénet.

L’initiative européenne Copernicus et le portail sobloo

Tout ceci est rendu possible grâce au projet Copernicus dont la mission consiste à capturer des images de la Terre à partir de divers instruments embarqués sur des satellites, qui sont ensuite valorisées par la plateforme DIAS avant d’être mises à disposition sur un site internet, sobloo.eu.

La solution développée par la start-up aixoise se place en concurrence directe avec deux projets américains d’envergure : SEDAC, créé par Facebook, et WorldPop, en partie financé par Bill Gates. La qualité des données de la mission européenne offre un avantage certain :

« Le projet de Facebook utilise des satellites très précis, mais couvrir un pays comme le Congo leur coûterait 20 millions d’euros, ce qui serait peu rentable. Les pays couverts par cette solution sont donc petits en matière de superficie (Haïti, Burkina Faso, Ghana…). Quant à WorldPop, les zones couvertes sont bien plus larges, mais la précision des satellites est de 30 mètres, rendant peu efficace l’estimation démographique », indique Michel Bénet.

Un partenariat avec des acteurs majeurs pour se développer

Le service de Diginove est hébergé sur la plateforme DIAS du consortium Airbus Intelligence-Capgemini-Orange. Diginove entend s’appuyer ainsi sur ces acteurs pour ouvrir des partenariats avec de grandes organisations (ONU, Unicef, OMS) et proposer ses services. La plateforme sobloo offre également une visibilité à Diginove auprès d’entreprises ayant besoin de ce type de service. Une aide bienvenue pour la start-up qui compte se développer dans un secteur en pleine croissance.

Diginove a rejoint mon programme Cloud Starter le 25 mars 2019. Grâce à cet accompagnement, la jeune pousse sera visible lors de deux salons majeurs, Vivatech (les 16-18 mai 2019) et le Paris Air Show (17-23 juin 2019).

Les ambitions de Diginove sont grandes et la start-up envisage une levée de fonds fin 2019 ou début 2020 pour accélérer son développement. Mais le but de Michel Bénet est noble et va au-delà de l’aspect financier : « Nos services doivent être utiles à la société et aux scientifiques qui aident les populations », conclut-il.

 300x300_precilia-fibleuil.png
Précilia Fibleuil

Responsable du programme Cloud Starter et plus largement du marketing opérationnel innovation, j’interviens auprès des start-up afin de leur permettre de s’appuyer sur la technologie et l’expertise Orange Business Services pour développer leurs solutions les plus innovantes.Convaincue que l’avenir des entreprises traditionnelles repose sur leur capacité à co-innover avec leurs clients et l’écosystème start-up, j’ai à cœur de faciliter les synergies entre ces deux univers.