Comment penser l’organisation des entreprises en 2020 ?

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Dans un monde où une rupture technologique succède à l’autre et où les mentalités évoluent rapidement, comment penser l’organisation des grandes entreprises ? Éléments de réponse avec Philippe Silberzahn, chercheur, auteur, conférencier, conseiller en entrepreneuriat et en transformation organisationnelle.

Transformer l’incertitude en opportunité

De l’intelligence artificielle aux nouveaux réseaux, les ruptures technologiques aussi bien transverses que circonscrites à un secteur d’activité se succèdent. Elles sont parfois surestimées ou trop anticipées, comme le montrent les progrès mesurés de l’intelligence artificielle forte, l’IA capable de reproduire un raisonnement et des sentiments. Toutes modifient néanmoins en profondeur l’organisation des entreprises sur le long terme.

« Si les ruptures technologiques sont les plus visibles médiatiquement, il ne faut pas oublier les évolutions socioculturelles (valeurs, mentalités, comportements) qui ont un fort impact sur les organisations », rappelle Philippe Silberzahn. « Le rapport des jeunes au travail ou la prise en compte du changement climatique engendrent par exemple de nouveaux choix au sein de l’entreprise. »

On l’aura compris, il n’y a pas de rupture dans la société sans besoin de changement dans l’entreprise. Mais plus que la fréquence des ruptures qui s’accélère, c’est le caractère progressif de certaines qui les rend imprévisibles. Il aura par exemple fallu 30 ans au low cost pour avoir un véritable impact sur le business aérien. Alors comment élaborer une stratégie dans un contexte changeant où la planification s’avère difficile ?

« Chacun cherche une réponse », commente Philippe Silberzahn. « Mais l’incertitude, perçue comme une menace, constitue surtout une opportunité. Beaucoup d’entrepreneurs se fondent d’ailleurs sur ce constat pour se lancer. Le management des grandes entreprises, quant à lui, doit chercher à se réinventer face au changement permanent. Avec un objectif : apprendre à remettre en cause les certitudes, c'est à dire les modèles mentaux qui ont fait leurs preuves par le passé mais qui ne sont plus adaptés aujourd'hui. »

Remettre en question ses modèles mentaux

L’organisation d’une entreprise se pense en amont. C’est donc au niveau stratégique qu’il faut reconsidérer des vérités qui pouvaient apparaître comme immuables. En d’autres termes, lutter contre l’obsolescence des modèles mentaux sans toutefois les attaquer frontalement.

« On pense souvent par exemple que des rapports trop verticaux... tuent la créativité et l’innovation », illustre Philippe Silberzahn. « C’est faux ! Une société particulièrement hiérarchisée à l’instar de Samsung est très innovante. On pense généralement que challenger son responsable peut mettre à mal la dynamique d'un projet. Encore faux ! Pour un Risk Manager par exemple, un double contrôle du risque limite les oublis potentiels et apporte ainsi davantage de sécurité au client. »

Autre exemple : une entreprise qui fonde ses décisions sur le consensus peut accélérer sa croissance en adaptant son mode décisionnel aux types de projet. Lean management, méthode agile, design thinking… Il n’y a pas de mauvaise méthode de travail : chacune peut avoir sa place au sein de l’organisation. Plusieurs d’entre elles peuvent d’ailleurs cohabiter, sans vérité universelle. Tout dépend du contexte dans lequel l’entreprise souhaite implémenter ces modes de fonctionnement. Une fois qu’elle aura mené cette réflexion nécessaire, elle pourra choisir l’approche projet en phase avec ses besoins.

Partir de l’existant pour avancer

Le concept d’effectuation, populaire chez les entrepreneurs, offre un éclairage nouveau sur la prise de décision réussie. Il ne s’agit plus de partir d’un objectif que l’on se fixe et de suivre sa planification, mais de se fonder sur les moyens dont on dispose (connaissances, biens matériels, réseau de relations, etc.) pour définir ses objectifs (actions, produits, services).
En ne se lançant que si le risque de perte est acceptable, on libère l’action et la capacité à proposer des projets vraiment novateurs même si leur succès demeure incertain.

« Airbnb, conçu à l’origine comme un site de dépannage ponctuel, a normalisé le fait d’accueillir des inconnus à son domicile, alors que cela n’allait absolument pas de soi il y a encore 15 ans », rappelle Philippe Silberzahn.

Un exemple parmi d’autres qui illustre comment les principes entrepreneuriaux permettent de faire évoluer les modèles mentaux des grandes entreprises et à contribuer à leur transformation.

 

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