Transports et logistique : quels défis pour l’après-Covid ?

Les secteurs du transport et de la logistique ont démontré leur importance pendant le confinement et tout au long de la crise sanitaire en évitant toute rupture majeure dans la chaîne d’approvisionnement. Les acteurs de la filière se tournent désormais vers l’avenir pour continuer à s’adapter et parer à toute éventualité.

Une situation contrastée en sortie de crise

Si l’activité du pays a été ralentie pendant le confinement, 67 millions de Français n’en n’ont pas moins eu besoin de produits alimentaires et de biens de première nécessité comme les médicaments. Aucune rupture majeure dans l’approvisionnement n’a été constatée à tel point que le président de la République a tenu dans l’un de ses discours à remercier « ces soldats de la deuxième ligne » qui ont permis d’assurer une continuité d’activité en France. Néanmoins, la filière sort de cette période affaiblie avec de nombreuses entreprises fragilisées en raison notamment de la baisse significative de la consommation.

Selon le Groupement national des transports combinés (GNTC), « dans l’ensemble, les opérateurs de transport combiné ont réalisé entre 60 et 70 % de leurs plans de transport. Ce taux s’avère plutôt bon compte tenu de certaines activités tombées très bas ». Mais ce chiffre cache des réalités plus contrastées puisqu’une étude Xerfi annonce que 21 % des camions ne circulent toujours pas alors que le e-commerce a connu une forte activité. Grâce à l’intensification des livraisons à domicile, certains acteurs comme Chronopost ont quant à eux réussi à tirer leur épingle du jeu. Le maritime, le fret aérien et le fret ferroviaire ont également été moins impactés par le ralentissement de l’activité.

Des initiatives pour soutenir la filière

Ce sont surtout les petits acteurs qui ont été fragilisés. Malgré le déblocage de 390 millions d’euros par le Gouvernement pour soutenir le secteur du transport routier, les fédérations professionnelles du transport et de la logistique ont demandé la création d’un plan de relance spécifique pour soutenir la filière. Suite à la demande de STEF, le leader européen de transport de produits agro-alimentaires et thermosensibles, la classification des acteurs transports de marchandises a d’ailleurs été actualisée en Opérateurs d’Importance Vitale (OIV). Une plateforme « Transport Solidaire » a aussi vu le jour pour faciliter le partage de ressources humaines et ainsi répondre aux enjeux d’approvisionnement sur l’ensemble du territoire.

Le monde d’après sera forcément différent

Les moyens déployés au cours des derniers mois sont-ils suffisants pour que la filière sorte de la crise et prépare l’après ? Selon les prévisions, la période transitoire actuelle nécessite encore le respect d’un grand nombre de précautions, ne serait-ce parce que le pays n’est pas à l’abri d’un reconfinement. Cette phase devrait durer encore plusieurs mois, en tout cas jusqu’à la fin de l’année 2020. « Après ? Le monde ne sera de toute façon jamais le même qu’avant la pandémie de Covid-19. Télétravail massif, digitalisation, comportement des clients… Autant de paramètres qui vont avoir une influence certaine sur l’intégralité de la filière », anticipe Hervé Guez, Transportation Business Development chez Orange Business Services.

Préparer l’industrie 4.0

Plusieurs pistes post-crise pourraient être explorées. Tout d’abord, l’intermédiation doit se renforcer pour garantir l’efficacité et la pérennité de la filière. Cela passe par la logistique prédictive pour anticiper les ruptures, mais aussi par la connectivité de bout en bout grâce à la 5G et à l’émergence de l’« Internet Physique ». Ce modèle permet un meilleur maillage du territoire et des ressources entre logisticiens pour éviter notamment les retours à vide. Il faudra aussi renforcer la sécurité des échanges pour éviter les trop nombreuses cargaisons détournées. Sur ce sujet, la traçabilité est donc essentielle grâce par exemple à l’IoT, à la vidéo surveillance ou encore à une blockchain logistique.

Enfin, le modèle économique de l'activité a pour conséquence d’amortir plus difficilement les chocs conjoncturels. Une meilleure gestion des tournées avec la problématique du dernier kilomètre, le développement de l’éco-conduite ou encore l’optimisation du système d’information peuvent y contribuer. « Plus globalement, tout le secteur va devoir intensifier les réflexions autour de l’industrie 4.0 avec la maintenance prédictive, les drones, la réalité augmentée, l’équipement adapté des salariés… », souligne Hervé Guez. Autant de défis auxquels il faut se préparer dès maintenant, pour une filière plus résiliente.

 

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