La gestion de la donnée, une dimension capitale à l’essor de la smart city

Partager

Le Big Data : au cœur de la cité

La smart city représente un tournant en matière de mobilité, d’énergie et de sécurité. Au cœur de cette révolution : l’accroissement exponentiel des données collectées dans les villes et la possibilité de les agglomérer, quelle que soit leur source (opérateurs publics, privés ou citoyens). La vision globale qui émerge de ce processus permet de passer d’une ville traditionnellement gérée en silos à une approche plus transversale de l'activité urbaine.

Maîtrise des dépenses énergétiques, désengorgement du trafic, sécurité des habitants… certaines villes ont très vite compris l'intérêt du Big Data et aussitôt appliqué le principe de la smart city à la gestion urbaine. Cécile Maisonneuve, Présidente de La Fabrique de la Cité, observe depuis plusieurs années leur développement : « En France, la ville de Lyon s’est équipée d’un centre de données urbaines partagées avec d’autres acteurs pour proposer de nouveaux services comme Optimod, une application qui calcule les temps de trajets en direct en tenant compte de l’ensemble des modes de transport disponibles. Aux États-Unis, la ville de Boston s’est positionnée en tant qu’incubateur de synergies entre la ville et les grands acteurs du numérique. Le partenariat d’échange de données conclu avec l’entreprise Waze en 2015 permet de mutualiser les informations sur les travaux, l’état des routes…et de réduire fortement la congestion de certains carrefours. »

Des postulats sans frontières !

Les projections autour de l’évolution des villes intelligentes vont bon train. Les barrières technologiques abolies, tout devient possible !

Une hypothèse souvent évoquée est la généralisation des véhicules autonomes, conçus de façon à optimiser les trajets. « Des études menées par des universités américaines montrent que l’on pourrait diviser le nombre de véhicules par 10 », explique Cécile Maisonneuve. « Cela redessinerait radicalement la ville en laissant davantage de place aux piétons, aux vélos ou à de nouveaux projets immobiliers. »

Les villes pourraient également gérer une gamme plus étendue de services, en intégrant des acteurs issus de secteurs d’activité variés. C’est déjà le cas de la ville de Dijon, pionnière en la matière, qui a lancé un appel d’offres de grande ampleur pour la gestion de l’éclairage public, la voirie, la vidéosurveillance et le recueil des données environnementales via un réseau centralisé. « C’est un pas vers une gestion intégrée qui bouleverse la ville dans l’organisation de ses services », confirme Cécile Maisonneuve. « C’est aussi une nouveauté pour les opérateurs qui sont obligés de collaborer au sein de groupements pour répondre à ces nouvelles demandes. »

Quand le numérique se fait politique

Si les atouts de la smart city sont connus, les citoyens restent malgré tout méfiants. Selon une enquête du cabinet Chronos réalisée en 2017, moins de 1/3 des français accepteraient de partager leurs données pour contribuer au bon fonctionnement des villes intelligentes. Les réserves portent principalement sur l'utilisation de leurs données : collectées à des fins de service public, ne pourraient-elles pas être partagées avec des entreprises partenaires et utilisées à des fins commerciales ? Jusqu’à quel point la massification des données individuelles doit-elle être mise au service de la sécurisation des villes ? « Beaucoup de données sont aujourd’hui récoltées via la vidéosurveillance, la question est de savoir comment elles seront exploitées dans le respect des libertés fondamentales », rappelle Cécile Maisonneuve. « En Chine par exemple, les policiers testent des lunettes de reconnaissance faciale qui, connectées à la base de données de personnes recherchées, permettront d’identifier des individus dans une foule. »

Au niveau des mairies et des collectivités, la question de l’intérêt collectif est bien sûr centrale. Quelle place pour le bien-être ? Quelle place pour l’environnement ? Comment capter et exploiter les données dans les zones moins denses que les grandes métropoles ? Pour Cécile Maisonneuve, « le vrai défi reste d’appliquer les principes de la smart city à la ville moyenne. Ce sont des territoires très vivants, moins sollicités, tout aussi propices à l’innovation et aux nouveaux usages. Ce sont des laboratoires potentiels pour l’innovation. »

La confiance à l‘égard des données : un nouveau territoire à investir

Le Big Data urbain s'appuie fortement sur les partenariats, qui permettent de valoriser la donnée en proposant des services facilitant la vie des citoyens. Les partenariats sont très variés : opérateurs téléphonique, constructeurs de voitures, énergéticiens… « La richesse que représentent ces données attire des géants du web tels qu’Amazon et Google, qui pourraient se positionner en tant qu’aménageurs et opérateurs de la ville de demain », complète Cécile Maisonneuve.

Les municipalités, qui connaissent la valeur de leurs données, ne souhaitent pas les transmettre aveuglément à des opérateurs privés sans garanties sur leur utilisation. Elles savent par ailleurs qu'aucune entreprise privée ne peut répondre seule à la demande des villes et que la réussite des projets passe par des consortiums.

Tout le défi pour les acteurs de la smart city, dans la conduite de leurs projets, est donc d'ouvrir un accès aux données entre les différents partenaires tout en défendant l’intérêt général quant aux projets à mener. Un équilibre indispensable pour renforcer la confiance des citoyens, sans laquelle la smart city pourrait longtemps rester au stade d’expérimentation.

 

Pour aller plus loin :