L’hyperconnectivité donne un coup d’accélérateur à l’automobile

La connectivité tient une place grandissante au sein des véhicules individuels ou partagés : tour d’horizon de ces nouveaux usages qui nécessitent des réseaux puissants et d’importantes capacités de gestion des données.

Toujours plus de fonctionnalités à bord

« Il y a de multiples raisons de connecter un véhicule. Les premiers usages portaient sur le suivi des flottes d’entreprise et des sociétés de location au moyen de boîtiers embarqués en seconde monte, c’est-à-dire installés après l’achat. Ceux-ci permettent de savoir où se trouvent les véhicules et quel est leur état (état de la maintenance, voyant au tableau de bord, niveau de carburant, kilométrage…) dans un souci de suivi du Total Cost of Ownership (TCO), à savoir l’ensemble des coûts d’utilisation d’un véhicule », explique Patrick Jeanbart, Head Of Connected Car Service chez Orange Business Services.

Peu à peu, les constructeurs ont intégré ces boîtiers dans les architectures de leurs véhicules afin de satisfaire la gestion des flottes mais aussi de collecter de nouvelles informations sur les usages des véhicules, avec deux intérêts majeurs. À la fois mieux connaître la durée de vie des pièces pour optimiser les prochains modèles et proposer des services après-vente adaptés, comme l’achat de pièces détachées ou l’entretien du véhicule. Pour les services après-vente, le taux de fidélité au constructeur n’est que de 50 à 60 % après deux ans d’usage ; avec près de 300 millions de véhicules en utilisation dans l’Union européenne avec une moyenne d’âge de 11 ans, ces services représentent pourtant une manne financière considérable.

Grâce aux progrès de la connectivité, ce sont ensuite les services B to C qui ont été intégrés aux véhicules comme l’état du trafic routier, un hotspot wifi, puis les applications mobiles sur l’écran de l’habitacle. On parle aujourd’hui de « car as a smartphone ».

Prochaine étape de cette hyperconnectivité ? L’analyse d’images à l’aide de caméras embarquées pour détecter les particularités ou les défauts d’une route (verglas, obstacle, indication de vitesse) et adapter sa conduite en conséquence pour plus de sécurité pour soi et pour les autres. « La connectivité va permettre d’aller vers une plus grande autonomie de la conduite, que l’on verra sans doute se développer entre 2030 et 2040 », précise Patrick Jeanbart.

Un pas de plus vers le « car sharing »

Les propriétaires de voiture ont tendance à diminuer au sein des grandes villes au bénéfice de la « mobility as a service » qui permet de réserver et payer plusieurs moyens de transport sur une plateforme et du « car sharing ». Des sociétés d’autopartage comme Zity ou des services entre particuliers comme Get Around ont un réel besoin d’hyperconnectivité et les initiatives se multiplient.

C’est par exemple le cas de DriveNow, lancé par BMW et MINI, qui propose de louer un véhicule dans une zone d’activité et de le rendre sur n’importe quelle place de stationnement public de cette même zone. La facturation dépend du temps de conduite et inclut le carburant, les tickets de parking et l’assurance. « Avec l’hypergéolocalisation, le client se voit proposer le véhicule le plus proche et l’entreprise peut vérifier en temps réel le bon stationnement lors de la restitution afin d’éviter des frais », illustre Patrick Jeanbart.

« Des fonctionnalités d’accès aux véhicules activables à distance le rende déverrouillable grâce à une clé virtuelle », ajoute-il. De plus, l’analyse d’informations sur l’état du véhicule facilite la maintenance avec l’envoi immédiat d’un technicien d’intervention lorsque cela est nécessaire.

Un impact sur les futures infrastructures routières ?

La connectivité ne se limite pas aux véhicules. Elle va également impacter les infrastructures routières, comme par exemple la digitalisation des péages routiers pour certaines catégories de véhicules à travers l’installation de boitiers en seconde monte. Si les solutions de péages automatisés existent déjà sur les poids lourds, ceux-ci devraient arriver rapidement dans les voitures : l’automobiliste sera alors automatiquement prélevé lors du passage du véhicule au péage ou dans une zone (un centre-ville par exemple).

Un cas d’usage particulièrement pertinent pour les véhicules électriques, selon Patrick Jeanbart : « Alors que la Commission européenne vise 100% « zéro carbone » d’ici 2035, soit 20 millions de véhicules neufs par an – sur un parc actuel de 300 millions en circulation – les recettes fiscales sur le carburant vont de facto diminuer. Pour compenser cette perte liée à l’usage de la route au travers la consommation de carburant, la taxation de l’usage de la route par les véhicules électriques devra donc s’opérer via les péages automatisés. »

Les standards technologiques (réseaux, applications, sécurisation des données) permettant de faire communiquer infrastructures routières et véhicules restent cependant à développer. Ils vont nécessiter un dialogue étroit entre concessionnaires d‘autoroutes, centres urbains, constructeurs et usagers. La mobilité connectée, loin d’être purement technologique, est aussi un sujet politique : faudra-t-il équiper chaque véhicule en circulation, engageant une dépense obligatoire pour les particuliers, ou bien miser sur le renouvellement progressif des 150 millions de voitures dont l’ancienneté est estimée à 12 ans en Europe via des incitations à l’achat ? Quelle législation devra être adoptée pour les nombreux véhicules qui poursuivent leur vie dans les pays en voie de développement ? Toutes les perspectives restent aujourd’hui ouvertes.