L’espace passe par le cloud

Les champs d’application du spatial n’en sont qu’à leurs débuts. Les perspectives offertes par l’analyse des données issues des satellites sont immenses pour les industries, le transport, l’agriculture.
Étienne Bonhomme, Directeur Général France de la Direction Cloud d’Orange Business Services et Alain Bouquet, Head of Space & Navigation chez Orange Business Services, détaillent le champ des possibles de ce nouvel « or noir » et expliquent comment Orange Business Services participe à l’exploitation de la data spatiale grâce au cloud.

Quelles sont les grandes évolutions des usages du numérique dans l’univers spatial ?

Étienne Bonhomme : Les données spatiales ont toujours été un enjeu pour la recherche scientifique. Elles sont désormais un enjeu stratégique. Les données collectées contribuent, à différents niveaux, à la création de valeur que ce soit dans la géolocalisation, l’imagerie ou dans le suivi du dérèglement climatique (hauteur des mers, couche d’ozone…). De fait, sur les dix dernières années, les usages du spatial se sont fortement démocratisés grâce à une explosion des données satellites mais également aux nouvelles capacités de stockage et de traitement de ces dernières. L’avènement du cloud permet justement leur mise à disposition sur Terre pour les analyser et les rendre utilisables dans le domaine public et par les entreprises privées. Son rôle est d’ailleurs de plus en plus critique, compte tenu de l’augmentation des volumes et de la diversification des données collectées. En effet, toujours durant cette dernière décennie, nous avons constaté des investissements massifs de la part des acteurs du numérique dans l’industrie du spatial, participant ainsi à l’accroissement du nombre de programmes satellites qui, chacun, génèrent de plus en plus de données. Un exemple : le satellite Copernicus qui avait cumulé un pétaoctet de données en vingt ans, en a généré plus de sept ces deux dernières années.

Alain Bouquet : Face à cette explosion des volumes de données, une convergence entre l’industrie du numérique et celle de la conquête du spatial s’opère. En France, la nouvelle stratégie du Centre national d’études spatiales (CNES) vise d’ailleurs à faire de la donnée spatiale un produit à forte valeur ajoutée destiné à tous les domaines de l’industrie.

Quel est le rôle du cloud dans l’amélioration de la donnée spatiale ?

Étienne Bonhomme : Le cloud, c’est à la fois du stockage et de la puissance de calcul. Notre solution de cloud public Flexible Engine permet par exemple le stockage et la diffusion des données complexes et massives du programme européen Copernicus. Nous traitons ces données pour en extraire les informations utiles. Seul le cloud permet de répondre à de très hauts niveaux d’exigence tout en absorbant les montées en charge très rapides.

Comment créer des modèles monétisables ?

Étienne Bonhomme : Orange Business Services est très fortement impliqué depuis 2017 sur le marché de l’observation de la Terre, en partenariat avec le CNES, Airbus, et Thalès. Nous mettons à leur disposition notre savoir-faire, nos infrastructures et nos expertises Cloud et participons ainsi à la stratégie de valorisation de la donnée spatiale. À titre d’exemple, un partenariat a récemment été signé entre le CNES et une entreprise marseillaise de transport de containers pour l’exploitation des données satellites à des fins de géolocalisation. L’ambition, pour le transporteur, est d’optimiser les trajets de ses bateaux et de mettre en place des modèles prédictifs afin de livrer plus vite, à moindre frais et en dépensant moins d’énergie dans un objectif de réduction de son empreinte carbone. Des projets similaires pourraient intéresser les sociétés de chemin de fer pour l’optimisation de la maintenance, la réduction des temps de trajets, l’anticipation des incidents...

Alain Bouquet : De la même façon, dans l’agriculture de précision, nous travaillons actuellement avec une start-up qui a développé une technologie de pointe d’amélioration de la précision de la géolocalisation. Cette innovation, essentielle pour le développement de la nouvelle agriculture, peut aussi intéresser les constructeurs de véhicules autonomes et d’autres industriels. Il est important de souligner que ce sont les attentes des clients finaux et leurs nouveaux usages qui « aiguille » la transformation numérique : la technologie du cloud et les données spatiales sont les outils qui permettent de répondre à leurs demandes.

Quid de la souveraineté et de la sécurité des données stockées pour ces activités sensibles ?

Alain Bouquet : Les infrastructures d’Orange Business Services sont, par nature, sécurisées avec l’assurance d’un accès aux données sans interruption de service grâce à une orchestration 24 heures sur 24. Contre le risque de cyberattaque, Orange Cyber Défense est aujourd’hui le leader Europe : il nous permet d’offrir une sécurité by design – le risque et la sécurité sont intégrés pendant la conception et le cycle de vie du produit – des infrastructures pour nos clients.

Quant au sujet de la souveraineté économique, il reste évidemment majeur dans le domaine spatial.

Avec des infrastructures localisées et opérées en France nous sommes le partenaire de confiance des organisations qui œuvrent pour la souveraineté française et européenne.

Quels grands chantiers restent aujourd’hui à mener au niveau du cloud spatial ?

Étienne Bonhomme : L’industrie spatiale est en plein essor. Certaines start-ups commencent même à lancer des satellites, avec succès. La quantité de données va donc continuer d’augmenter. Quant aux chantiers à mener, ils seront dictés par les besoins à venir des entreprises pour leur permettre de continuer d’innover.

Alain Bouquet : Dans le processus d’industrialisation du secteur spatial, les trois enjeux technologiques (stockage, traitement, diffusion) deviennent des goulots d’étranglement : le poids, le volume et la diversification des données deviennent très importants en termes de coût et d’infrastructures. En tant qu’acteur majeur du Cloud, nous avons un rôle à jouer pour apporter de nouvelles solutions telles que l’Edge computing ou l’Intelligence Artificielle.

Étienne Bonhomme : J’ajouterais, et j’en terminerais ainsi : les perspectives associées à l’analyse des données satellites sont infinies et le champ des possibles est colossal. Ce n’est que le début de l’aventure.

 

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