Covid-19, quelles technologies pour empêcher la propagation du virus ?

J’ai passé quelques semaines à Singapour pendant le début de l’épidémie et j’ai pu constater à quel point les technologies sont utilisées par les autorités pour prévenir, identifier, gérer ou surveiller les personnes à risque afin de minimiser la contagion dans la société.

Avec une expérience de seulement quelques semaines, je n'ai pas la légitimité pour détailler toutes les technologies actuellement utilisées à Singapour pour lutter contre cette épidémie. J'ai donc décidé d'interviewer mon collègue singapourien, Spike Choo, spécialiste des technologies et de l'Innovation chez Orange Business Services. Ensemble, nous vous invitons à découvrir et à comprendre certaines utilisations des technologies actuellement appliquées à Singapour. Attention, ces cas d'usage ne sont pas exhaustifs et mettent en valeur une situation à date. Nous espérons sincèrement que si la situation actuelle évolue, ce sera pour le mieux !

Il est important de souligner que certaines technologies appliquées à Singapour ne sont pas conformes à la RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), tous les cas d’usages présentés ci-dessous ne peuvent donc pas être appliqués au contexte français.

Guillaume Baley : Bonjour Spike ! Pour commencer, peux-tu nous expliquer ta mission chez Orange Business Services en Asie Pacifique et comment tu travailles avec les entreprises locales pour leur transformation numérique ?

Spike Choo : Bonjour Guillaume ! Merci de m’inviter à aborder le sujet du contexte commercial en région Asie-Pacifique (APAC) et à partager nos offres de conseil numérique.

La mission principale de notre équipe est d'accompagner nos clients de l'APAC dans leur parcours de transformation numérique. Pour cela, nous commençons par les aider à définir les irritants ou les défis de leur entreprise sous la forme de problématiques claires. Puis nous travaillons avec les Business Units d'Orange Business Services, les filiales d'Orange (par exemple Orange Labs, Orange Fab, etc.) et des partenaires externes pour identifier les solutions numériques adaptées pour résoudre ces problématiques.

GB: Peux-tu nous expliquer comment les choses ont évolué à Singapour ces dernières semaines ? Quelle est la situation à l’heure actuelle ? Comment vois-tu cette situation évoluer à l’avenir ?

SC : La situation du Covid-19 à Singapour évolue encore chaque jour, mais dès le début de la lutte, le gouvernement de Singapour a pu contenir la transmission de l’épidémie à l’intérieur de ses frontières grâce à des mesures préventives radicales telles que l'offre de dépistages gratuits, des traitements médicaux gratuits et des subventions de revenu pour encourager et convaincre les personnes malades de se faire dépister.

Une fois les patients identifiés, le gouvernement les isole immédiatement puis trace leurs parcours et interactions pour identifier les personnes potentiellement contaminées. Ces patients potentiels reçoivent une directive Stay Home Notice (SHN) de 14 jours et sont suivis quotidiennement via leur smartphone grâce à un mélange de suivi GPS, d'appels vidéo et vocaux, et de photos numériques de leur entourage en temps réel. Toute personne prise en train de désobéir aux ordres de quarantaine peut se voir infliger une amende, être emprisonnée ou expulsée du pays.

Depuis que l'épicentre du virus s'est propagé en Europe et aux États-Unis, nous avons constaté un nombre croissant de cas importés à Singapour et d'expatriés revenant des États-Unis, du Royaume-Uni, d'Europe et d'autres pays d'Asie. Pour lutter contre ce risque grandissant, le gouvernement de Singapour a mis en œuvre des mesures supplémentaires en imposant une quarantaine obligatoire à tous les voyageurs entrants, en introduisant des sanctions sévères pour les entreprises et les personnes prises en flagrant délit de non-respect des règles de distanciation sociale dans tout espace public. Et en déployant une nouvelle application mobile Bluetooth pour permettre un suivi plus efficace des interactions entre les personnes.

Les autorités de Singapour se sont efforcées d'éviter un blocage complet du pays, mais des mesures plus drastiques pourraient devoir être introduites si le nombre quotidien de cas de transmission domestique continue d'augmenter.

GB : Dans le contexte d'une pandémie telle que celle du Covid-19, l'une des premières choses à faire est d'identifier le plus rapidement possible les personnes affectées et potentiellement contagieuses. Quelles technologies peuvent aider à y parvenir ?

SC : Le gouvernement de Singapour s'appuie sur un certain nombre de technologies numériques pour le suivi des interactions, notamment l'analyse des données et les outils médico-légaux, les technologies de localisation telles que les données Bluetooth et GPS, et les téléphones portables omniprésents. Ces outils numériques permettent aux enquêteurs et aux détectives de la police de Singapour chargés du suivi des interactions de dresser une carte détaillée de l'activité (répartition minute par minute sans interruption) des déplacements et de la localisation du patient 14 jours avant le diagnostic, et des personnes avec lesquelles il a été en contact étroit. Les personnes classées dans la catégorie des contacts rapprochés (contacts de degré 1) sont rapidement identifiées, font l'objet d'une vérification des symptômes et reçoivent une directive de séjour à domicile (SHN) de 14 jours.
 

GB : Existe-t-il également des technologies permettant d'éviter la contamination de personne à personne ? Autre que les masques et les gels hydroalcooliques ?

SC : La lumière ultraviolet a été testée et utilisée avec succès sur le SRAS et le MERS. Il n'est donc pas impossible de s'attendre à ce que son utilisation soit efficace pour détecter les traces de COVID-19. S'il existe actuellement des robots équipés d'UV pour désinfecter les lieux publics, les espaces clos et même des accessoires tels que les masques faciaux, il n'existe pas de technologies ou de dispositifs permettant de désinfecter un espace public en temps réel avec des personnes autour.

GB : Lorsque des personnes sont en quarantaine ou en confinement chez eux, est-il possible de savoir si elles sont sorties de leur domicile ? Des serrures connectées peuvent-elles le permettre, par exemple ?

SC : Les personnes en isolement ou en quarantaine ne sont pas enfermées dans leur chambre car cela pourrait constituer un danger en cas d'incendie ou d'urgence. Dans la plupart des cas, les détenteurs de directive SHN sont confinés dans leur propre maison ou dans des auberges, des hôtels et des chalets de vacances spécialement aménagés.

GB : D'un point de vue européen, ces mesures et technologies peuvent sembler intrusives, et si elles sont mal utilisées elles peuvent être préjudiciables à la liberté des individus. Comment les gens perçoivent-ils cela à Singapour ?

SC : Le gouvernement de Singapour a fait un travail de communication sur la nécessité d'utiliser de telles technologies pour garantir le respect de la directive SHN. Il a également fait preuve d'une grande transparence en expliquant le fonctionnement de la technologie et en assurant au public que seules les informations de base sont collectées et la manière dont elles seront utilisées.

GB: Avez-vous un équivalent de la RGPD à Singapour ?

SC : Oui, nous avons le Personal Data Protection Act (PDPA) qui comprend diverses règles régissant la collecte, l'utilisation, la divulgation et le traitement des données personnelles par les organisations. Elle reconnaît à la fois les droits des individus à protéger leurs données personnelles, y compris les droits d'accès et de correction, et les besoins des organisations à collecter, utiliser ou divulguer des données personnelles à des fins légitimes et raisonnables.

La loi PDPA prévoit notamment la création et le fonctionnement d'un registre national de numéros de téléphone exclus Do Not Call (DNC). Le registre DNC permet aux particuliers d'enregistrer leur numéro de téléphone à Singapour pour ne plus recevoir d'appels téléphoniques à caractère commercial, de messages textuels mobiles tels que des SMS ou des MMS, et de fax d'organisations.

GB : Pendant mon séjour, j'ai également été surpris par la clarté de la communication du gouvernement singapourien. Peux-tu nous expliquer les mécanismes de communication qui ont été mis en place pour informer la population ? Et avec quelle réactivité l'information est-elle partagée ?

Le gouvernement de Singapour a lancé un canal Whatsapp dédié, ouvert à toute personne résidant à Singapour, afin d'assurer une transparence totale de l'information, d'inspirer confiance et d'informer tout le monde des nouvelles mesures qui seront mises en œuvre le plus rapidement possible. Jusqu'à présent, les informations partagées comprennent :

  • un comptage quotidien du nombre de nouvelles infections, du nombre total d'infections et du nombre de personnes qui sortent de l'hôpital et y restent,
  • des alertes pour dissiper les rumeurs, les fausses nouvelles et les arnaques,
  • des rappels permanents sur les conseils de sécurité et les nouvelles mesures à mettre en œuvre, et date d'entrée en vigueur,
  • des conseils, soutiens et informations aux populations locales concernées par les différentes mesures

GB : Enfin, nous avons expliqué en détail comment la technologie peut empêcher la propagation du virus en identifiant et en gérant les personnes à risques. Mais la technologie peut-elle aussi guérir les gens ?

Nous savons que de nombreux pays s'efforcent de trouver un remède et un vaccin contre le Covid-19, et l'équipe de R&D médicale de Singapour a choisi de concentrer son attention sur la mise au point d'un kit de dépistage rapide qui peut détecter si une personne a le Covid-19 en cinq minutes environ. Ce kit de test est actuellement examiné par les autorités sanitaires et, une fois approuvé, il sera très probablement le test de dépistage le plus rapide du Covid-19 dans le monde. Le kit de test fonctionne en vérifiant l'empreinte génétique du virus dans l'échantillon nasal prélevé chez le patient à dépister.

Nous croyons qu'une fois que les populations seront en mesure de se faire tester rapidement et à moindre coût, il sera plus facile pour les autorités d'identifier, d'isoler et de surveiller les personnes à risque avant qu'ils ne puissent le transmettre à d'autres. Cela contribuera à réduire le taux de transmission au niveau national.

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Guillaume Baley

Consultant Principal chez Orange Consulting, je suis en charge de l'offre d'écoute web et de veille stratégique. Ma mission principale est d’accompagner les entreprises à faire de l’information un levier stratégique. Mes missions et ma veille quotidienne m'ont permis d'élargir mes compétences dans des domaines tels que la Gouvernance de la donnée, l’Intelligence Artificielle et l’Innovation via les start-up.