Covid-19 : quelles technologies pour contenir le virus ? Le cas de la Corée du Sud

Dans un monde encore aujourd’hui fortement impacté par la crise du Covid-19, la Corée du Sud est souvent cité pour ses techniques de lutte contre le virus. Quelles technologies ont été utilisées dans ce pays pour lutter contre la propagation du virus ?

Orange Business Services est une entreprise internationale présente dans le monde entier qui peut compter sur des experts en innovation jusqu'en Asie. Après un premier tour à Singapour pour comprendre comment les technologies ont été utilisées pour lutter contre la propagation du virus, nous vous proposons de poursuivre le voyage en Corée du Sud. Danny Han, expert en nouvelles technologies basé à Séoul, répond à nos questions et partage son expérience avec nous.

Avant tout, il est important de souligner que le contenu de cette interview vise à montrer un exemple de pratiques à l'étranger pour faire face à la crise que nous connaissons tous. L'objectif de cette interview est de s'inspirer mais pas de vendre un modèle. Chaque pays a sa propre culture et ses propres lois, l'exemple de la Corée du Sud peut ne pas être transposable à l'Europe qui est soumise à un cadre juridique très strict sur l'utilisation des données personnelles (la RGPD).

Guillaume Baley : Bonjour Danny ! Tout d'abord, je voudrais que tu nous présentes Orange Fab Asia. Et comment travailles-tu pour Orange en Corée du Sud ?

Danny Han : Orange Fab Séoul est un bureau rattaché à Orange Japon qui gère le programme d'accélération d'Orange Fab à Séoul pour apporter l'innovation à nos pays d'exploitation. Nous étudions aussi des opportunités de partenariat avec des entreprises locales dans les secteurs de la télécommunication et nous soutenons les délégations des sièges sociaux et des entités françaises. Les activités à Séoul ont été lancées en 2004.

GB : Peux-tu nous expliquer comment les choses ont évolué en Corée ces dernières semaines ? Quelle est la situation à l’heure actuelle ? Comment vois-tu cette situation évoluer à l’avenir ?

DH : La population coréenne ayant bien suivi les directives données par le gouvernement, le nombre de nouveaux cas par jour a été réduit à une dizaine au début du mois de mai 2020.

Ainsi, le gouvernement a décidé d'assouplir la pratique de la distanciation sociale pour passer à la « quarantaine de la vie quotidienne » à partir du 6 mai, ce qui permet aux gens d'exercer des activités sociales et économiques, et en même temps les coréens sont eux-mêmes responsabilisés pour arrêter la propagation du virus en respectant 5 bonnes pratiques recommandées :

  • respecter les distances de sécurité dans les espaces publics,
  • se laver les mains avec du savon pendant plus de 30 secondes,
  • utiliser leurs manches pour couvrir leur bouche lorsqu'ils toussent,
  • lentiler les espaces intérieurs au moins deux fois par jour tout en les assainissant régulièrement,
  • les travailleurs sont priés de rester chez eux pendant 3 à 4 jours s’ils se sentent malades.

Les écoles rouvrent petit à petit depuis le 13 mai avec des recommandations strictes et la nouvelle saison de la ligue pro de baseball a été lancée avec des matchs à huis clos.

GB : Quelles technologies sont utilisées en Corée du Sud pour parvenir à identifier les personnes infectées ?

DH : Au tout début, des interviews ont été effectuées pour demander aux personnes contaminées quels étaient leurs trajets de déplacement et leurs dernières interactions. L’objectif de ces interviews étant d'alerter les personnes ayant été en contact avec eux pour qu’elles surveillent leur état de santé et leur préconiser se de mettre en quarantaine.

En cas de suspicion, une enquête est menée en analysant l’historique des appels téléphoniques, les informations de localisation et le registre des paiements par carte de crédit afin de s'assurer de ne manquer aucune information. Même les vidéos enregistrées par la CCTV (Closed-circuit TV camera) ont été analysées.

Sur la base de ces enquêtes, le gouvernement a immédiatement partagé une carte des zones à risque (sans informations personnelles) à la population via les canaux officiels et via une alerte sur téléphone mobile. Les Coréens ont pu donc éviter de se rendre dans les zones à risque.

Pour une meilleure efficacité, le gouvernement a développé l’Epidemiological Investigation Support System en automatisant le processus d'enquête épidémiologique afin de réduire le temps de mesure de 1 jour à 10 minutes. Ce système est basé sur la technologie de R&D Smart City qui collecte et traite les données des villes à grande échelle en peu de temps.

GB : J’ai lu que certaines technologies sont utilisées pour vérifier si des personnes en quarantaine à domicile respectent les règles de confinement.

DH : L’installation de l'application mobile Covid-19 Self-quarantine a été recommandée à toute personne en situation de quarantaine. Cette application permet de surveiller les mouvements des personnes confinées, mais elle respecte certaines conditions. Les utilisateurs doivent accepter la collecte de leurs données personnelles et l’utilisation de leurs informations de géolocalisation. Les services de Police peuvent être alors alertés si des individus se sont trop éloignés du lieu où ils séjournent en quarantaine et ces derniers peuvent être condamnés à une amende ou à une peine d'emprisonnement conformément à la loi sur le contrôle et la prévention des maladies infectieuses Infection Disease Control and Prevention Act. L'application sert également de canal pour signaler les symptômes auto-diagnostiqués, et fournit des directives de quarantaine et les coordonnées du fonctionnaire du gouvernement chargé de la surveillance.

GB : Existe-t-il des technologies utilisées pour prévenir la contamination, autres que les masques et les désinfectants ?

DH: Les étudiants ne sont pas obligés d'aller à l'école, mais ils peuvent rester à la maison tout en respectant un plan d'études personnelles. Dans les cinémas, les gens peuvent s'asseoir à distance grâce à un système de réservation. Les cafétérias des écoles sont équipées de parois transparentes entre les sièges, tandis que les élèves doivent porter un masque pendant les cours.

GB : Vues d’Europe , ces mesures et technologies peuvent sembler intrusives. Comment les gens perçoivent-ils cela en Corée du Sud ?

DH : Pour la sécurité de tous, nous l’acceptons en quelque sorte et les gens sont plus prudents parce que leur vie privée peut être partagée s’ils acceptent les conditions de consentement. Ces contraintes étant légales, les coréens doivent suivre ce que le gouvernement demande tout en faisant attention de respecter ce qui a été demandé. S'ils se conforment à la loi, il n'y a pas de problème de respect de la vie privée et ils savent que leurs informations personnelles seront utilisées correctement dans des cas précis.

GB : Avez-vous un équivalent au RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) en Corée ?

DH : Notre Person Data protection law loi sur la protection des données personnelles est assez stricte. Pour des cas spécifiques tels que Covid-19 il est possible de faire des exceptions. Dans cette situation de crise la « Méthode de prévention des maladies infectieuses » se base sur des règlements qui permettent au secteur public d'utiliser des informations personnelles pour une enquête épidémiologique précise. Ce système a été réalisé grâce à une procédure législative de notre Assemblée Nationale pour répondre au besoin d’une enquête épidémiologique précise après l'incident MERS-CoV (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) de 2015. Il s’applique aussi dans le cas exceptionnel de la prévention des maladies infectieuses comme Covid-19, et il facilite la coopération et l'approbation des organisations concernées.

GB : Dans un tel contexte, la communication du gouvernement est stratégique. Quels sont les moyens utilisés en Corée du Sud pour informer la population ? Et avec quelle réactivité l'information est-elle partagée ?

DH: La législation coréenne, Infectious Disease Control and Prevention Act, garantit le droit du public à être informé de l’actualité concernant l'épidémie de maladie infectieuse, des informations sur la prévention et le contrôle des infections et des réponses pertinentes. Cette loi donne aussi mandat au gouvernement de révéler les itinéraires des cas confirmés, leurs moyens de transport, leurs contacts, les établissements de soins visités, etc. En outre, le gouvernement communique les mises à jour concernant le nombre de cas (nombre de cas confirmés, nombre de cas en isolement, nombre de tests effectués, itinéraires des cas confirmés, etc.) et partage les politiques connexes par le biais de deux réunions d'information régulières par jour (par le quartier général central de lutte contre les catastrophes et de sécurité le matin et par le quartier général central de contrôle des maladies l'après-midi). Aussi, le gouvernement distribue fréquemment des communiqués de presse et fournit également les informations les plus récentes via les sites web, les réseaux sociaux et les portails web des différents organismes gouvernementaux.

Il existe aussi un système de diffusion sur mobile pour alerter des situations d'urgence et informer des nouveaux cas par région afin d'inciter la population à la prudence dans certaines zones.

GB : Dernière question mais non des moindres, quels sont les secteurs ou les innovations qui, selon toi, bénéficieront de cette crise et se développeront au cours des prochaines années ?

DH : Cette crise du Covid-19 est une période qui a permis à la Corée du Sud de passer en revue ses forces et ses faiblesses. Toutes les technologies et les produits qui nous ont fait défaut sont les domaines d'innovation sur lesquels nous devons travailler.

Par conséquent, le gouvernement coréen a publié la version coréenne du plan New Deal axé sur la reprise de l'économie. Ce plan se base sur :

  • Le renforcement des infrastructures de collecte, de partage, de commerce et d'utilisation des données
  • Le déploiement rapide de l'infrastructure 5G
  • Le développement des entreprises dont les technologies sont étroitement liées à la 5G
  • L’amélioration de l’exploitation des données et de l'infrastructure de l'IA
  • Le déploiement de la convergence de l'IA à toutes les industries
  • La culture d’une industrie sans contact
  • Le renforcement du réseau de Cloud Computing et de la Cybersécurité
  • La numérisation des anciennes infrastructures nationales
  • La mise en place d'une structure de services logistiques numériques
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Guillaume Baley

Consultant Principal chez Orange Consulting, je suis en charge de l'offre d'écoute web et de veille stratégique. Ma mission principale est d’accompagner les entreprises à faire de l’information un levier stratégique. Mes missions et ma veille quotidienne m'ont permis d'élargir mes compétences dans des domaines tels que la Gouvernance de la donnée, l’Intelligence Artificielle et l’Innovation via les start-up.