Co-conception et valeur d’usage : deux facteurs clés de succès pour la E-santé

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Le marché de la santé est bouleversé par l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Pourtant, trop souvent, les professionnels de santé sont réticents aux propositions des nouvelles solutions numériques tant qu’elles ne sont pas pas entrées dans leurs usages. Voici l’exemple de Kobus App, destinée à faciliter le suivi patient des kinésithérapeutes.

E-santé : au-delà des expérimentations, des usages à fort potentiel de valeur

Cette rupture du marché de la santé par l’arrivée des nouvelles technologies est en cours aux Etats-Unis où de nouveaux acteurs émergent dans de nombreux domaines de la santé. Mais, en France, l’écart entre les discours et les études qui chiffrent les bénéfices de l’e-santé à plusieurs milliards d’euros, et l’usage réel de nouvelles solutions est frappant.
Les projets portés par les pouvoirs publics comme par exemple le DMP (Dossier Médical Personnel/Partagé) ou la télémédecine restent au stade d’expérimentation et de projets pilotes depuis plusieurs années, malgré les budgets accordés. Et surtout, encore trop souvent, les professionnels de santé restent réticents vis-à-vis des nouvelles solutions numériques, qui ne sont pas rentrées dans leurs usages.

Alors comment faire avancer les choses et obtenir les bénéfices escomptés ?

La clé réside, à mes yeux, dans la valeur d’usage : les solutions développées doivent absolument générer de la valeur de façon plus immédiate et plus directe pour les utilisateurs, afin qu’ils les adoptent (surtout pour toutes les solutions de types logiciels ou applications).

Les vrais défis sont nombreux :

  • 1. Tout d’abord, il faut bien comprendre les besoins et les réticences réelles face aux changements.
  • 2. Ensuite, il faut concevoir une solution qui s’intègre dans la routine quotidienne et qui demande le minimum de changements d’habitudes et le minimum de démarches supplémentaires possible.
  • 3. Et puis, il faut faire que les usagers s’approprient l’outil et le projet pour qu’ils en acceptent les imperfections et continuent à l’améliorer au fur et à mesure de leur utilisation. Et pour cela, la solution me semble être d’impliquer les utilisateurs, en l’occurrence les professionnels de santé, dans la conception de ces outils. Mais pour de vrai, pas juste pour le côté marketing ! Et ainsi, cela peut fonctionner sans (trop) d’inertie.

La démarche de l’équipe Kobus Tech : l’usager au centre de l’innovation collaborative

À titre d’exemple, c’est la démarche que nous avons adoptée pour développer l’application Kobus App, destinée à faciliter le suivi patient des kinésithérapeutes. Nous avons procédé en plusieurs étapes, avec l’usager au centre du processus.

  • 1. Tout d’abord nous avons rencontré de nombreux kinésithérapeutes pour identifier leurs besoins quotidiens. Nous avons cerné et sélectionné un besoin : le suivi, qui ressortait comme le plus important.

    Nous avons approfondi ce domaine en passant du temps en observation dans les cabinets et en interrogeant à nouveau beaucoup de professionnels, de façon plus précise. Nous avons ensuite rassemblé, à plusieurs reprises, un groupe d’une petite dizaine de kinés d’horizons différents, pour concevoir avec nous l’organisation de l’application, son fil conducteur et ses principaux objectifs.
     

  • 2. À l’issue de ces sessions collaboratives, nous avons pu développer des maquettes (sans n’avoir rien codé encore !) d’application testées par un groupe élargi de praticiens. Après une étude approfondie du feedback et des conseils de ce groupe d’usagers, nous avons codé une version bêta de l’application que nous avons fait tester par une centaine de kinés pendant 6 mois, en incluant au fur et à mesure les retours, les idées de nouvelles fonctionnalités.
     
  • 3. Finalement, en mars 2017, nous avons sorti une première version commerciale de l’application, sans pour autant arrêter le processus de co-conception de l’outil. Nous avons, notamment, un groupe Facebook regroupant les utilisateurs et membres de la communauté, sur lequel ils donnent leurs avis, critiquent, suggèrent et votent pour les prochains développements. Ainsi, une grande partie de nos utilisateurs sont partie prenante du projet Kobus, adhèrent à la vision d’innover en kiné et se sentent impliqués dans le développement de l’outil, au-delà de leur statut de clients.

Grâce à cela, nous nous assurons qu’ils intègrent véritablement l’outil dans leur pratique quotidienne et que l’on génère de la valeur d’usage, aujourd’hui et que l’on va continuer à en générer demain.

Favoriser l’implication des usagers dans le domaine de la e-santé

Il y a, bien entendu, d’autres exemples réussis de solution e-santé, mais encore trop peu. Il est fondamental pour tous ceux qui souhaitent favoriser son émergence de se concentrer sur cette valeur d’usage et sur l’implication des (futurs) usagers. Certes, la vision de la e-santé avec de l’intelligence artificielle et des robots partout fait rêver mais reste encore trop loin de la réalité du terrain.

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Laura Beaulier
Laura Beaulier

Co-fondatrice Kobus Tech
Au cours de mes études à HEC Paris, j’ai travaillé dans des start-ups, incubateurs et organisations d’entrepreneuriat social. Ma motivation a toujours été d’avoir un impact via mon travail et de travailler avec des gens animés des mêmes valeurs sociétales. À l’obtention de mon diplôme, j’ai décidé de mettre cette expérience en application dans le domaine de la santé en co-créant, avec Sonia Perelroizen, Rodrigo Reyes et Benoit Sibileau, la société Kobus Tech. Notre objectif : révolutionner la rééducation pour améliorer le quotidien des praticiens et celui des millions de patients qu’ils soignent !