Quel avenir en France pour les start-up e-santé ?

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Moteurs dans l’innovation, les start-up en e-santé rencontrent des difficultés à pérenniser leur activité. Décalage entre les attentes du marché et les moyens mis à disposition, difficulté à trouver un business model : analyse d’un secteur complexe.

Le rôle que jouent les start-up e-santé en France est complexe

Complexe car elles cristallisent, auprès des acteurs majeurs de la santé et du grand public, la vision de la médecine de demain avec l’émergence de nouvelles technologies (algorithmes de plus en plus perfectionnés, machines connectées, etc.). Cette « médecine 2.0 » laisse envisager des possibilités infinies sur la détection précoce de maladies, l’amélioration de l’accès au soin ou encore la prise en charge des patients. Complexe également car la santé est l’un des rares secteurs où l’usager final ne paie qu’en partie voire pas du tout le produit/service qui lui est délivré.

Des prérequis complexes et onéreux

De fortes barrières à l’entrée existent en e-santé pour mettre un concept sur le marché. Par exemple, il est nécessaire d’avoir au préalable une autorisation de mise sur le marché, ou bien une classification lorsqu’il s’agit d’un dispositif médical, un voire plusieurs dispositifs de sécurité sur les données qui respectent la RGPD, et des études cliniques effectuées en milieu hospitalier pour prouver l’efficacité du dispositif.

L’ensemble de ces exigences implique que les start-up souhaitant s’implanter dans le secteur, doivent investir d’importants montants en amont de la phase de développement du produit, souvent avant même de générer le moindre chiffre d’affaire. Là où, dans d’autres secteurs, la question de l’investissement se pose dans un second temps, les start-up en e-santé sont donc contraintes de trouver des partenaires/investisseurs tôt dans leur cycle de vie et parfois de repenser leur fonctionnement et leur business model.

Investisseurs et clients, deux acteurs majeurs souvent en contradiction

Pour pouvoir mettre en œuvre ces prérequis, les start-up font donc généralement appel à des investisseurs (Business Angels, organismes spécialisés…). Ces derniers peuvent leur imposer des contraintes structurelles et financières notamment sur la nature de leur business model et sur leur la rentabilité (délai, seuil).
De plus, l’usager ne payant habituellement pas directement, ce sont les organismes intermédiaires qui financent les produits ou services. Il s’agit des centres de soins (publics et privés), Assurance Maladie, ou complémentaires santé. Le modèle économique des start-up doit donc s’adapter à chaque organisme et à leurs différences de structures.

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Les start-up sont donc dans l’obligation de trouver à la fois un business model qui dégage un ROI rapidement et qui puisse s’adapter à leurs interlocuteurs, faisant ainsi face à une contradiction entre vitesse de rendement pour les investisseurs et adaptabilité vis-à-vis des payeurs.

La structure hospitalière reste le plus grand enjeu de la e-santé

Si la pluralité des structures complexifie les modèles économiques, cela ne rend pas la tâche insurmontable pour autant. En attestent les différentes start-up qui réussissent (Calmedica, chatbot qui permet le suivi des patients et l’extraction d’information par SMS; Doctolib, outil de prise de rendez-vous avec un médecin en ligne, et bien d’autres).

Un enjeu demeure cependant non résolu pour le moment, celui du modèle économique de l’hôpital et de l’intégration de l’e-santé dans celui-ci. En effet, la structure budgétaire de l’hôpital se base aujourd’hui sur l’activité. Dès lors, comment résoudre l’équation du désengorgement des consultations hospitalières et de l’équilibre budgétaire ? En particulier, quel modèle économique proposer à l’hôpital qui opterait pour une solution numérique orientant le parcours de ses patients hors de ses murs ?

Conclusion

Si les start-up en e-santé font face à des barrières à l’entrée importantes, c’est bien le modèle économique des hôpitaux qui constitue le plus gros enjeu quant à leur développement. S’orienter vers un modèle basé sur une rémunération forfaitaire et la qualité des soins administrés pourrait être une solution envisagée par l’Etat pour accompagner à la fois les établissements de soin dans la transformation digitale et les start-up dans leur essor dans le domaine de la santé, notamment hospitalière.

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Paul Berkovitch

Consultant senior dans le secteur e-santé d’Orange Consulting, j’ai travaillé sur des projets d’accès au soin, d’amélioration du parcours de soin des patients et de la digitalisation des pratiques médicales en milieu hospitalier. Aujourd’hui j’accompagne des acteurs du secteur public et privé en e-santé.