Penser l’après-crise : quels enseignements pour le secteur de la santé ?

Tandis que les acteurs de la santé ont été fortement mobilisés pendant la crise liée à la pandémie de Covid-19, certains dispositifs numériques ont été de précieux alliés. Le début de sortie de crise est l’occasion de tirer les enseignements des derniers mois afin de pérenniser les bonnes pratiques numériques et de poursuivre la transformation du secteur.

Une accélération des usages numériques pendant la crise

Alors que l’épidémie de Covid-19 a considérablement éprouvé le fonctionnement du système de santé, les technologies numériques ont apporté un soutien précieux à la gestion de cette crise, et ce, à plusieurs niveaux : modélisation mathématique pour suivre l’évolution de l’épidémie, télémédecine, utilisation d’imprimantes 3D, mais également des outils à destination du grand public dont le ministère des Solidarités et de la Santé a dressé la liste.

Un soutien qui s’est également avéré précieux en matière d’organisation du travail. « Les choses ont beaucoup bougé lors de cette crise. Un peu partout, on a vu se développer le collaboratif, les solutions de travail à distance, le télétravail… De bonnes idées qu’il faut maintenant inscrire dans la durée lorsque c’est possible », précise Stéphane Ramoné, Senior Manager HealthCare chez Orange Consulting. Cela passe notamment par le renforcement de la collaboration entre tous les acteurs de soins via des solutions permettant le partage d’informations comme le Dossier Patient Informatisé, ainsi que la mise en place d’organisations et d’environnements de travail agiles.

Déterminer la valeur des nouveaux usages pour répondre aux besoins

Si de multiples dispositifs digitaux se sont mis en place pendant la crise, il convient désormais de se concentrer sur des solutions de santé numérique qui répondent aux besoins des usagers : accueil téléphonique, portails web, prise de rendez-vous en ligne, chatbots… « À quelques jours de la clôture du Ségur de la santé, c’est intéressant de voir comment le secteur de la santé va se réinventer notamment grâce au numérique », souligne Stéphane Ramoné.

L’urgence de la situation a aussi levé certaines craintes par rapport aux usages numériques comme la téléconsultation notamment. « La crise de la Covid-19 a agi comme un catalyseur en accélérant l’adoption de la téléconsultation. Réduction des déplacements, prise en charge plus rapide, réponse aux déserts médicaux, gain de temps… Patients comme personnels de santé ont pu constater ses nombreux avantages. Il faut désormais trouver un juste milieu. Certains gestes médicaux par exemple ne peuvent pas être réalisés à distance, donc il faut vraiment réfléchir à la valeur d’usage », insiste Stéphane Ramoné.

Disposer d’infrastructures socles robustes, adaptées et sécurisées

Pour que les nouveaux usages numériques s’installent durablement dans le paysage de la santé, il est nécessaire de mobiliser des infrastructures solides et adaptées. Cela passe notamment par des schémas directeurs de migration vers le cloud, de conformité, d’interopérabilité et de sécurité. Selon Stéphane Ramoné, « ce dernier point est crucial car de lui dépend notamment la confidentialité des données, qui doit absolument être respectée dans un secteur aussi sensible que la santé pour assurer une transformation numérique en toute confiance ». Les data centers qui hébergent des données de santé sont d’ailleurs soumis à des réglementations beaucoup plus strictes.

Exploiter la data et l’intelligence artificielle

La data et tous les systèmes d’analyse prédictive ont aussi montré leur intérêt, notamment en matière de gestion des stocks, de prévisions d’activité, de pics de charge ou de réseau. L’intelligence artificielle est aussi très utile quand il s’agit de préqualifier et de mieux accompagner des patients, à l’instar de « Memoquest », une solution de suivi de patients avec un agent conversationnel par SMS développée par Calmedica et Orange Business Services. Prévue à l’origine en ambulatoire, elle a été adaptée pendant la crise afin d’automatiser la surveillance des patients suspects ou avérés de Covid-19 se présentant à l’hôpital et ne nécessitant pas une hospitalisation, mais un retour au domicile avec pour consigne de rester confinés. Seul prérequis : pour que la data soit exploitée de la manière la plus efficace, il convient de s’assurer en amont de la collecte de données et surtout, de définir l’objectif précis de ces données. Au-delà de la surveillance des patients Covid à leur domicile, Memoquest permet de s’assurer, avant un RDV à l’hôpital, que les patients ou leur accompagnant ne présentent pas de signe évocateur de COVID, et de leur rappeler les consignes à respecter, de prioriser les reprogrammations de RDV médicaux annulés pendant le confinement, en posant quelques questions au patient par SMS et en association avec une PWA (progessive web application) de réaliser la préadmission des patients à domicile, afin de désengorger les salles d’attentes

Réduire la fracture numérique

Pour que la dématérialisation et les nouveaux usages se développent, encore faut-il les penser de la manière la plus inclusive. « Le confinement a remis en lumière certaines problématiques comme l’isolement de certaines personnes. Les solutions numériques comme la téléconsultation peuvent y remédier et favoriser le lien social mais elles ne sont pas pour autant suffisantes », conclut Stéphane Ramoné. Il s’agit là de bien penser en valeur d’usage, d’assurer une certaine fiabilité des services mais aussi de réduire la fracture numérique pour garantir leur accès au plus grand nombre, tant par le développement de l’accès au réseau, des équipements nécessaires que des connaissances requises.