Comment la traçabilité des marchandises est-elle devenue un enjeu business ?

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Code-barres, tags RFID et autres modules connectés nous offrent aujourd’hui différents moyens de tracer les produits. Plus qu’un atout logistique, cela constitue un véritable enjeu business. C’est ce qu’expliquent Thomas Ader, Business Developer Manager Smart Cities Transport et Logistique, et Jean-Luc Audigier, Business Manager IOT chez Business Application for Business.

Pourquoi les entreprises doivent-elles tracer le parcours des marchandises ?  

 

Thomas Ader : La traçabilité est à la fois bénéfique pour la qualité de l’expérience client et les performances financières de l’entreprise.
Ses avantages sont nombreux : efficacité opérationnelle, gains de productivité… Il faut rappeler qu’aujourd’hui, le coût des écarts de stockage - sur-stocks et ruptures de stocks - atteindrait 1 750 milliards de dollars au niveau mondial. La traçabilité permet de connaître avec précision l’état des stocks en temps réel, de localiser les produits tout au long de leur transport – en un mot de gérer plus finement le stockage. Elle donne aussi à l’entreprise les moyens de répondre aux attentes des clients : rapidité avec la livraison express, ponctualité, avec l’engagement de livraison à la demi-heure près, suivi avec la localisation en temps réel. Appliquée à des produits périssables ou dangereux, ou encore des médicaments, la traçabilité répond aussi à des enjeux stratégiques de santé ou de sécurité. Autre point d’amélioration : la qualité de vie au travail et la facilité de contrôle sans manutention. Par exemple, il devient possible de localiser les produits en temps réel, de vérifier le contenu d’une caisse instantanément et sans l’ouvrir, d’assurer la sécurité de produits sans même se déplacer dans l’entrepôt qui les contient…

La traçabilité est-elle encadrée par un cadre juridico-légal strict ?

Jean-Luc Audigier : L’enjeu réglementaire de la traçabilité est surtout, aujourd’hui, lié à la sécurité et à la confidentialité des données, et au respect de la vie privée. Par exemple, en traçant un objet durant la livraison, on peut aussi suivre le chauffeur du camion.
Dans ce domaine, la nouvelle réglementation européenne GDPR (General Data Protection Regulation), qui entre en vigueur en mai 2018, va augmenter le niveau d’exigence. Elle impose à toutes les sociétés impliquées dans l’approvisionnement des marchandises (entreprises et transporteurs) de sécuriser les données personnelles et de les anonymiser pour toute analyse croisée des données.

Quels outils assurent l’identification et la traçabilité logistique d’un produit ?

J.-L. A. : De nombreuses technologies existent déjà. Le code-barre permet d’identifier plusieurs produits appartenant à une même gamme. Le code 2D, le plus utilisé aujourd’hui, encode beaucoup plus de données, pour identifier un lot particulier. Les puces RFID, en fort développement, ont chacune un numéro unique, ce qui fait toute la différence : si 100 t-shirts sont emballés dans un carton, un lecteur RFID, via une seule lecture en masse, dénombre les 100 articles et permet de reconnaître le modèle, la taille, la couleur…Les boîtiers connectés autonomes – relevant de l’IoT – sont utilisés pour tracer les palettes ou chariots consignés. Ils détectent leur localisation en temps réel et peuvent communiquer leur position à intervalle régulier, ou en cas de mouvement.

La traçabilité instaure-elle un partage généralisé des données ?

J.-L. A. : Pour atteindre ses objectifs, une solution de traçabilité doit collecter des données pour les partager tout au long de la chaîne, de la production au consommateur. Mais attention, la donnée relative à un objet appartient à son propriétaire. Par exemple, les données générées par un capteur sur un véhicule sont la propriété de son détenteur. Pour les partager, il faut obtenir son autorisation. Les traitements de données à caractère personnel doivent avoir pour seules finalités de contrôler l’utilisation des véhicules de transport. Pour transmettre les données à des tiers autres que les personnes habilitées, il faudra les anonymiser  pour « casser » les liens entre les données relatives à la cargaison ou au chauffeur....

Les consommateurs imposent-ils de nouveaux besoins ?

T. A. : Les consommateurs font émerger de nouveaux enjeux, dans le cadre d’une véritable évolution sociétale qui va au-delà des exigences réglementaires.
Par exemple, ils veulent connaître le bilan carbone ou la provenance des produits, par souci environnemental, et en réaction à de précédents scandales (vache folle, lasagnes à la viande de cheval ou récemment, œufs contaminés). Ils souhaitent aussi être en accord avec leurs convictions (les locavores par exemple). La traçabilité devient alors un atout concurrentiel.

L’IoT et l’IA participent-ils à l’amélioration des flux logistiques ?

T. A. : L’Intelligence Artificielle permet d’exploiter les données transmises par les objets connectés pour réaliser de nombreuses optimisations, qui vont bien au-delà de la traçabilité. Par exemple, garantir une livraison conforme, choisir les moyens de transport les moins énergivores en réalisant différentes simulations en temps réel, optimiser l’espace et la gestion d’un entrepôt en décidant où seront placés les colis et leur ordre de livraison, optimiser une tournée en chargeant plus efficacement un camion…

Dans quelles situations devient-il nécessaire d’accroître cette traçabilité ?

T. A. : On pense aux matières dangereuses et aux denrées périssables. La traçabilité est aussi essentielle dès que la notion de « juste à temps » devient critique. Par exemple, pour livrer un élément clé sur un chantier, dont le retard bloquerait la construction…
J.-L. A. : Aujourd’hui, « le dernier kilomètre » devient crucial. Avec le e-commerce, le retour marchandise, les consignes automatiques ou simplement la mutualisation des transports puisque le taux de chargement moyen des transporteurs est de 50 %... Avec une parfaite traçabilité, un transporteur connaît à tout moment la place qu’il reste dans un camion et l’itinéraire qu’il va suivre.
D’autre part, des marchés de niche sont en forte croissance. Le transport des œuvres d’art par exemple. Ces marchandises, de très grande valeur, requièrent une forte traçabilité pour en garantir la sécurité.

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