IA et robotique : 2019 sera collectif… ou ne sera pas

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L’année 2018 a été marquée par une émergence forte de l’intelligence artificielle dans les débats, notamment éthiques, ainsi que dans les foyers, sous des formes robotiques et vocales. Elle s’impose également dans la ville et au cœur des territoires. Retour sur cette année et perspectives 2019.
Par Jérôme Monceaux, fondateur de Spoon, fabricant de robots interactifs dédiés aux usages et espaces collectifs.

Pour l’IA, 2018 a été l’année d’une maturité grandissante

2018, c’est l’année de la grande sensibilisation et des peurs émergentes. Celle où les fantasmes en matière d’intelligence artificielle comme de robotique ont commencé à rencontrer la réalité. Si l’on suit la courbe de Gartner, je dirais que ces technologies, et notamment la robotique interactive, s'apprêtent à entrer dans la phase nommée « plateau de la productivité ». La preuve : beaucoup de sociétés créées pendant le « cycle de la hype » ont mis la clé sous la porte, comme Jibo, robot domestique, ou Rethink Robotics, dans le domaine de la robotique industrielle. C’est leur positionnement initial, surfant sur une vague, qui s’est révélé trop peu adapté à la réalité. C’est un sujet complexe car il doit allier la maturité des technologies, une vision produit adaptée à une demande pragmatique mais également la plasticité qu’a une industrie à accueillir une innovation.

Par ailleurs, même si l’IA est présente dans notre quotidien depuis un certain temps, on ne saurait empêcher les Hommes d’avoir peur de ce qu’ils ne connaissent pas. C’est d’autant plus marquant que l’arrivée de ces IA s’accompagne de fantasmes entretenus par les transhumanistes et autres adeptes de la « singularité », et qui doivent absolument être déconstruits. On voit aujourd’hui, en particulier en Europe, un positionnement plus fin des politiques et des grands groupes sur ces questions. Ils expriment leur souhait d’associer à leur démarche d’innovation une dimension d’humanité. On peut s’en féliciter, mais cela ne doit pas rester que des mots et doit se traduire par des actions concrètes pour ne pas tomber dans la démagogie.
 

En 2018, l’IA a gagné en part de voix

En 2018, l’IA a confirmé son introduction grandissante dans les foyers. Les assistants vocaux sont de plus en plus présents dans notre quotidien. C’est particulièrement vrai aux États-Unis, mais aussi en Europe. Et ces assistants vocaux modifient en profondeur les habitudes d’accès à l’information. Par exemple, lorsqu’on effectue une recherche sur un moteur de recherche classique, un ensemble de réponse nous est offert. On peut ainsi choisir la source de l’information, ce qui participe, au passage, à son « ranking ». Avec les assistants vocaux, le choix de la source n’est plus offert et l’information estimée pertinente est directement diffusée. Il y a donc quelqu’un dans cette chaîne qui s'attribue le droit de choisir la source, ce qui lui confère un pouvoir remarquable quand on sait que dans 2 ans, d’après Comscore, la moitié des requêtes web se feront par la voix. Il est aujourd’hui manifeste que la modalité d'accès à l’information a un impact critique sur nos sociétés.
 

La ville est un robot qui s’ignore

Si les tendances poursuivies par les GAFA vont vers toujours plus d’individualisation, notamment dans l’accès à l’information, le monde, lui, réalise l’importance critique du collectif. L’exemple le plus emblématique est celui de la crise climatique, mais on peut bien sûr trouver des indices de cette (re)collectivisation dans les innovations. Fin 2018, on peut par exemple noter les tendances au partage d’automobile, les messageries de groupe, les initiatives collectives dans les quartiers, les circuits courts de production/achat, la généralisation du « free floating » de trottinettes, vélos, etc. Un peu partout, ce sont des logiques collectives qui émergent où le partage est vecteur de valeur. L’un des grands défis de 2019 est d’inventer des moyens intelligents pour répondre à cette demande de collectivité et d’inclusion par la numérisation des territoires. Les véhicules autonomes, les outils numériques des musées ou des espaces commerciaux vont dans cette direction. Ces problématiques sont déjà bien avancées dans les pays nordiques, en Allemagne et encore plus au Japon.

La ville est un robot qui s’ignore. Et elle a besoin de préparer son futur. Elle offre des cas d’usage du numérique et de l’IA bien identifiés. L’enjeu est de lui fournir une interface intelligente et accessible au plus grand nombre pour répondre à la forte demande d’inclusion. Les business modèles de cette nouvelle ère sont également à inventer. Le tout doit bien sûr être encadré par une démarche éthique forte. Notamment sur les questions de données personnelles, de ciblage/pistage, d’autodétermination et sur les valeurs que l’on souhaite promouvoir au travers des futures technologies urbaines.

 

« Si 2018 a été l’année de la sensibilisation à la protection des données avec le RGPD, nous militons chez Spoon pour la création d’un label éthique pour l’IA et la robotique, afin de rétablir les bases de la confiance. »

Le regard sur l’IA change : 2019 verra l’affirmation des valeurs humanistes européennes

En France et, plus largement en Europe, un certain nombre de penseurs et philosophes réfléchissent à l’IA, en particulier sur sa dimension éthique, à l’instar de Jean-Gabriel Ganascia, Président du Comité d'éthique du CNRS. Si la pensée américaine nous a jusqu’ici présenté l’IA sous l’angle transhumaniste de l’augmentation des capacités humaines individuelles, la pensée européenne, à l’inverse, cherche à se construire sur des valeurs humanistes et à travers une quête de sens à l’échelle globale de l’humanité. Chez Spoon, nous avons très tôt fait des choix radicaux sur notre positionnement, afin de trouver le point de rencontre entre la dimension collective et le plateau de la productivité de Gartner. Dans cette logique, nous avons condstitué un comité d’éthique auquel se joignent plusieurs grands penseurs. Ainsi, notre philosophie s’oriente vers une vision plus collective et profondément humaine de l’IA. En effet, le robot en lui-même n’a aucun intérêt. Il n’est là que dans une seule optique : celle d’aider les hommes à interagir entre eux, à avoir des relations plus riches et porteuses de sens.

 

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