Femmes et numérique : en 2019, inversons la tendance !

Partager

En 2018, les femmes occupaient à peine 15 % des postes techniques du secteur numérique, alors même que cette industrie connaît une pénurie de ressources et de talents. Inverser la courbe, telle est la mission de l’initiative Femmes@Numérique. Enjeux et perspectives avec Henri d’Agrain, Délégué général du Cigref, réseau de grandes entreprises et administrations publiques qui promeut le développement du numérique.

Où en sommes-nous aujourd’hui en termes de féminisation des métiers du numérique ?

Henri d’Agrain. Le constat est alarmant : il y a 30 ans, les femmes occupaient environ 30 % des fonctions techniques des métiers du numérique (développement, exploitation, production et gestion de projet). Cette part a été divisée par deux depuis, et on retrouve désormais les femmes principalement au sein des fonctions support. Si nous n’y prenons pas garde, elles représenteront moins de 10 % des salariés des fonctions techniques du numérique d’ici 15 ans ! Or, le sujet de la féminisation des métiers du numérique est à la fois économique et sociétal. Économique, car le numérique est l’un des facteurs principaux de la performance et de la compétitivité des entreprises et des administrations publiques. À l’horizon 2020-2022, on parle de 200 000 emplois non pourvus en raison d’une pénurie de compétences techniques en France. Se passer des talents féminins n’est donc pas envisageable. Sociétal, car on ne peut se satisfaire d’une société numérique pensée, développée et administrée uniquement par des hommes.
 

En quoi l’initiative Femmes@Numérique consiste-t-elle?

Henri d’Agrain. Tout d’abord, il faut savoir que de multiples actions sont menées depuis des années en faveur de la féminisation des métiers du numérique. Mais aussi pertinentes soient-elles, elles ont eu un effet statistique extrêmement faible, puisque le taux de féminisation ne cesse de baisser. Alors comment aller plus loin ? En mobilisant le plus d’acteurs possibles, issus du monde de l’entreprise, des associations, des pouvoirs publics... Notre démarche repose sur trois piliers : un collectif d’associations, un financement par le biais de la Fondation Femmes@Numérique, et l’engagement de l’État piloté par le Secrétaire d’État chargé du numérique, Monsieur Mounir Mahjoubi.
 

Votre plus grand défi à relever dans les années à venir ?

Henri d’Agrain. Lutter contre les idées reçues en allant à la rencontre des jeunes filles dans les écoles primaires, les collèges, les lycées, pour leur expliquer que les métiers techniques du numérique peuvent et doivent se décliner au féminin. Ces métiers n’ont pas de genre ! Notre souhait et notre défi, c’est que dans les 36 000 communes de France, en zone urbaine ou rurale, toutes les jeunes filles aient pu entendre ce message, s’informer sur ces métiers et évaluer s’ils peuvent correspondre à leurs aspirations professionnelles. Mais nous devons également nous adresser aux prescripteurs : parents, familles, enseignants, éducateurs, conseillers d’orientation... Toute la société est concernée.
 

 

« Notre ambition, c’est qu’il n’y ait pas une petite fille, une adolescente, une jeune femme sur l’ensemble du territoire qui n’ait pas entendu ce message : oui, les métiers du numérique sont aussi faits pour toi. »

 

De manière plus générale, comment envisagez-vous l’évolution des métiers du numérique ?

Henri d’Agrain. Dans le contexte de pénurie auquel nous faisons face actuellement, l’enjeu est de former, recruter et fidéliser les talents. Car le numérique irrigue toutes les fonctions essentielles des entreprises, des administrations publiques, de notre économie et de la vie de notre société en général. Les métiers du numérique sont de plus en plus importants et sont en train de muter. Le DSI, par exemple, n’est plus simplement le directeur d’un service support mais l’acteur principal de la transformation de l’entreprise, de son business modèle. D’ailleurs, on ne devrait plus dire DSI, mais Directeur du numérique et de la transformation ! Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue qu’il reste le référent en matière de maîtrise des enjeux technologiques et de la capacité d’une organisation à les embrasser dans leur globalité.