Le numérique, l’aidant des infirmières ?

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La digitalisation des soins infirmiers permettra certainement dans un avenir proche aux infirmières et infirmiers d’exercer dans un environnement de travail très différent de celui que nous connaissons. Explications.

Le digital

La technologie numérique joue un rôle clé dans l’amélioration des prestations de soins, des résultats médicaux et de l’efficacité thérapeutique. Elle offre de réelles opportunités de participer à son développement pour l’ensemble du personnel infirmier et du personnel soignant.

La digitalisation des soins infirmiers , notamment grâce à la technologie au chevet du patient, le partage des données, la sécurité numérique, les applications et les appareils portables permettront certainement dans un avenir proche aux infirmières et infirmiers d’exercer dans un environnement de travail très différent. La technologie jouera un rôle clé dans cette transformation.

Cependant, alors que les systèmes de santé poursuivent leur transformation numérique, le personnel infirmier reste coincé entre deux mondes. Les infirmières sont toujours aux prises avec les difficultés ancestrales de leur métier, et elles se confrontent désormais à de nouveaux défis tels que la restructuration organisationnelle et les nouvelles procédures. Les outils numériques, qui peuvent potentiellement améliorer les flux de travail et faciliter les tâches répétitives et non essentielles, sont introduits avec une formation insuffisante et/ou des processus de gestion du changement inadéquats, ce qui augmente la charge de travail déjà conséquente.

66 pour cent des infirmières interrogées déplorent une formation insuffisante sur les solutions informatiques au point de service. Suivent des préoccupations relatives au mode d’intégration de la technologie dans le flux de travail (65%) et le positionnement de la technologie dans le flux de travail (61%).

Les infirmières souhaitent se concentrer sur les soins, mais...

Selon certaines estimations, les infirmières hospitalières passent trois heures d’un roulement type de 12 heures loin des patients, pour satisfaire les exigences réglementaires, accomplir des formalités redondantes et pratiquer des soins indirects. D’autres sources estiment que les infirmières et les membres de l’équipe de soins consacrent jusqu’à 50 % de leur temps à des tâches autres que les prestations de soins. Parmi les principales tâches chronophages et sources de distraction, on peut citer : la documentation des informations relatives aux soins des patients à plusieurs endroits, la tenue de registres, de listes de contrôle et d’autres formulaires redondants. Les infirmières interrogées ont également déclaré perdre du temps à essayer de localiser leurs collègues, du matériel et des fournitures, ainsi qu’à coordonner le nettoyage des locaux. Répondre aux appels non urgents des patients et concilier les médicaments prend aussi beaucoup de temps aux soignants.

La charge de travail des infirmières est alourdie par l’évolution de la profession infirmière elle-même. Un sondage réalisé en 2016 par l’université des professionnels de santé de Phœnix a révélé que quatre infirmières sur cinq avaient un rôle plus important qu’il y a deux ans en matière de gestion des soins aux patients, et 84 % des infirmières diplômées estimaient que les non-médecins joueraient un rôle encore plus important dans la gestion des soins aux patients au cours des cinq prochaines années. Si ces évolutions sont, dans l’ensemble, de bonnes nouvelles pour la profession, parce qu’elles ajoutent de la valeur, elles impliquent également plus de travail pour les infirmières qui subissent déjà une charge de travail surdimensionnée. Il devient nécessaire pour leur bien-être de libérer les infirmières de certaines tâches manuelles, répétitives et automatisables. C’est tout le système de santé qui en bénéficierait.

Les solutions numériques sont-elles une partie de la solution ?

Selon un récent rapport de Gartner, une automatisation ciblée, l’intelligence artificielle et des outils d’analyse permettraient de réduire ou de supprimer 50 % des tâches superflues dans les flux de travail des équipes de soins infirmiers d’ici 2022. Intéressons-nous à deux domaines dans lesquels les technologies numériques ont déjà un impact.

Erreurs médicales et erreurs de médication

Longues heures de travail, conditions de travail éprouvantes et nécessité de traiter simultanément une multitude de patients présentant des complications et des symptômes différents... il n’est sans doute pas surprenant que des erreurs humaines surviennent souvent dans le secteur des soins de santé. Selon des chercheurs de Johns Hopkins Medicine, les erreurs médicales évitables sont la troisième cause de décès aux États-Unis : plus de 250 000 Américains meurent chaque année suite à des négligences médicales.

De même, on estime qu’environ 50 % de toutes les erreurs de médication se produisent quelque part entre le médecin qui prescrit le médicament et le patient qui le reçoit. Les technologies numériques, comme les systèmes de contrôle des stocks qui utilisent des codes-barres pour prévenir les erreurs humaines lors de la distribution des médicaments prescrits, contribuent à automatiser les processus manuels de soins aux patients et aident les infirmières à effectuer les dernières vérifications relatives au traitement, ce qui permet de réduire le risque d’erreurs médicales évitables.

Les dossiers patient informatisés (DPI) permettent de disposer de données vitales sur les patients au point de service, un impératif pour tout établissement de santé. Le fait d’avoir accès aux données sur les patients dans tout l’hôpital présente de nombreux avantages. L’avantage le plus notable est certainement que tous les professionnels de santé, du personnel infirmier aux spécialistes, peuvent accéder aux dossiers des patients et prendre des décisions en temps opportun pour sauver des vies. Ces systèmes s’appuient également sur des outils d’aide à la décision clinique conçus pour détecter d’éventuelles contradictions dans les recommandations du médecin ou une ordonnance, en comparant la pathologie du patient à une base de données sur les allergies ou les interactions médicamenteuses.

Soins infirmiers à domicile

Alors que les technologies numériques modifient les processus de soins aux patients à l’hôpital, plusieurs innovations concernent le secteur des soins à domicile. Cela entraîne une évolution considérable des rôles, des responsabilités et des tâches des infirmières à domicile.

La surveillance et les soins à distance des patients âgés et des patients atteints de maladies chroniques, rendus possibles en grande partie grâce aux dispositifs médicaux connectés et à d’autres technologies de l’Internet des Objets (IdO), est une évolution majeure qui devrait connaître une croissance significative dans les années à venir, et qui aura un profond impact sur les soins infirmiers à domicile.

Le programme Cardiauvergne, par exemple, est un service de télésurveillance et de coordination des soins aux insuffisants cardiaques, qui vise à améliorer le pronostic du patient tout en gardant celui-ci hors de l’hôpital. Les patients ayant intégré le réseau Cardiauvergne sont équipés d’une balance électronique communicante qui transmet automatiquement les données via le réseau de téléphonie mobile vers la plateforme de télésurveillance. En cas de dépassement des seuils d’alerte établis, la plateforme génère des alarmes et peut déclencher une visite de l’infirmière ou du médecin en vue d’un réajustement rapide du traitement. Après deux ans, une infirmière libérale qui s’occupe des patients inscrits au programme constate l’amélioration du bien-être de ses patients et la valorisation de son travail. Pour l’infirmière-coordinatrice qui reçoit les données patients transmises par l’infirmière libérale, c’est l’ouverture d’une nouvelle porte, celle de la « coopération entre professionnels. Médecins, pharmaciens... et infirmières libérales ».

La panacée numérique ?

Les technologies numériques ne seront pas une panacée pour tous les défis auxquels la profession d’infirmière est confrontée, mais elles permettront d’alléger bon nombre des tâches répétitives et routinières existantes. La réduction des ratios infirmières/patients, la planification des tournées des patients de manière à diminuer le nombre d’appels non urgents et onéreux, sont souvent citées comme des solutions non numériques d’allégement de la charge de travail des infirmières.

Les infirmières jouent un rôle clé dans l’intégration des technologies de l’information dans le secteur des soins aux patients, mais leur rôle en matière de conception et de déploiement est rarement précisé. Pour ouvrir la voie à de nouveaux environnements de soins de santé plus efficaces, il faut impliquer les infirmières dans le développement de la santé numérique, en tant qu’intervenantes directes dans les processus de soins aux patients, et les accompagner tout au long de cette transition grâce à une formation et à un soutien organisationnel adéquats.

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Audrey Girault

Je suis étudiante en dernière année d'étude d'infirmière à l’Institut de Formation en Soins Infirmiers du CHRU de Tours. La profession d’infirmière m’a toujours passionné, surtout au niveau des relations humaines. Une adepte du numérique, je suis convaincue que les outils digitaux peuvent nous aider à mieux soigner nos citoyens.