L’observance, un défi pour la santé et les acteurs du numérique

Partager

L’observance des traitements médicaux par les patients est un problème de santé publique majeur, tant sur les plans sanitaire qu’économique. Ainsi, selon l’OMS, résoudre le problème de la mal-observance thérapeutique représenterait un progrès plus important que n'importe quelle découverte médicale.

L’observance thérapeutique en quelques chiffres

L’observance est définie de la façon suivante par l’Organisation Mondiale de la Santé en 2003 : « Observance : se dit de la concordance entre le comportement d’une personne – prise de médicaments, suivi d’un régime et/ou modification de comportement – et les recommandations d’un soignant ».
On estime qu’un patient est observant lorsque son « Medication Possession Ratio (MRP)» est supérieur ou égal à 80%, le MRP étant le rapport entre le nombre de jours de traitement délivrés et le nombre de jours de la période de traitement considérée.

Selon l’OMS (Adherence to long-term therapies-Evidence for action, World Health Organization, 2003), seuls 30 à 50% des patients chroniques à travers le monde peuvent être considérés comme observants par rapport aux traitements prescrits.
Le LEEM (Les Entreprises du médicament) nous donne quelques éléments chiffrés complémentaires sur la mal-observance :

  • 1 patient sur 2 oublie de prendre ses médicaments,
  • 1 patient sur 3 ne suit pas le traitement prescrit,,
  • 1 patient sur 4 ne respecte pas la dose prescrite,,
  • 3 patients sur 10 ne vont pas jusqu’au bout de leur traitement.,

Un enjeu de santé publique

Selon l’OMS, résoudre le problème de la non-observance thérapeutique représenterait un progrès plus important que n'importe quelle découverte médicale.
De plus, en 2014, une enquête mondiale d'IMS Health révélait que plus de la moitié des économies potentielles de santé à l’échelle mondiale relevait de l'observance, soit 269 milliards de dollars par an pour 186 pays. En France, le coût évitable des complications dues à la mauvaise observance des traitements est très élevé lui aussi, puisqu’il s’élève à 9 milliards d’euros par an selon cette même étude. A titre d’exemple le cout des complications pour l’hypercholestérolémie (infarctus du myocarde) s’élève à 1 382 millions d’euros.

Des causes mais aussi des leviers d’actions multiples

Thumbnail

Quelles sont les causes de la non-observance aujourd’hui ? Une bonne observance dépend de multiples facteurs. Tout d’abord, elle dépend de facteurs émotionnels liés à l’absence d’efficacité thérapeutique rapide, des facteurs comportementaux liés à des difficultés dans l’adhésion aux horaires de prises. Mais elle est également liée à des facteurs sociaux : le patient va plus ou moins bien suivre son traitement en fonction, notamment, des informations qu’il possède sur sa maladie et sur la complexité du traitement. Enfin, les coûts des traitements sont également un argument de non-observance.

Quels sont les leviers pour améliorer l’observance ? L’étude de 2017 de QuintilesIMS propose 8 grands leviers pour changer cet état de fait :

1. Interpeller les pouvoirs publics et dégager les pistes d’action,
2. Evaluer et valoriser les outils disponibles,
3. Financer des programmes d’éducation thérapeutique du patient,
4. Concevoir et diffuser auprès des professionnels un Guide d’aide à l’observance,
5. Créer un entretien dédié à l’observance en pharmacie d’officine,
6. Former les professionnels à l’observance dès les études et tout au long de la carrière professionnelle,
7. Intégrer l’observance parmi les objectifs des dispositifs de Rémunération sur Objectif de Santé Publique (RSOP) des médecins et des pharmaciens,
8. Visualiser sur l’ordonnance l’initiation de traitement et/ou le changement de traitement.

Pour mettre en œuvre ces leviers, les différents acteurs de l’écosystème santé impactés par le sujet de l’observance développent des stratégies et proposent des solutions innovantes.

Comment les industriels du médicament et les acteurs du numérique tâchent-ils de répondre à ce défi de santé publique ?

Thumbnail

Dans le prolongement de l’étude QuintilesIMS, les acteurs du numérique et les industriels du médicament mettent au point des dispositifs visant à améliorer l’observance du traitement, tels que les dispositifs de rappel (associant SMS de rappel, hotlines, programmes de motivation), des applications mobiles (suivi de traitement, paramétrage d’alertes) ou solutions IoT (par exemple les piluliers ou injecteurs connectés). En marge de cela d’autres initiatives complémentaires voient le jour :

 
 
  • Des solutions IoT pour améliorer l’observance : c’est le cas notamment de Medissimo, qui développe des outils intelligents pour bien prendre ses médicaments. Medissimo connecte et digitalise ses piluliers, conçus à partir des usages, pour concilier la responsabilité du patient et l’éthique du soin. Les données générées par le pilulier connecté imedipac intégrées au sein du Hub numérique assurent un suivi des essais cliniques sans équivalent grâce à une plateforme. La plateforme permet la traçabilité totale du traitement, des piluliers préparés, des boîtes, des excédents de délivrance, des résidus de traitement et des données d’observance.
     
  • Un serious game qui accompagne les patients : le groupe pharmaceutique ROCHE a décidé de développer en partenariat avec le groupe de cliniques VIVALTO, un serious Game « ChimiOrale » afin d'accompagner les patients atteints de cancer et recevant une chimiothérapie ou une thérapie ciblée orale avant et pendant leur traitement. Ce jeu éducatif, élaboré par les oncologues du CHP de l'Europe, vise à anticiper le développement de la chimiothérapie orale à domicile, estimée à 50% des séances en 2020.
     
  • Une application qui s’appuie sur la pharmacie d’officine : Orange Labs a expérimenté une solution d’observance qui s’appuie sur les pharmacies d’officine, acteurs au cœur de la délivrance des médicaments et souvent les principaux contacts directs avec les patients. Cette solution permet de créer des rappels de prise de médicaments dans l’agenda mobile des patients (via scan de l’ordonnance par le pharmacien). Cette solution permet également du télésuivi médical (la remontée de constantes via IoT ou un questionnaire) et l’apport de contenu d’éducation thérapeutique.
     
  • Des applications mobiles : la start-up LOUM, elle, développe une application ludique à destination des praticiens de santé et de leurs patients dans le but de réduire l’inobservance. Le patient aura accès à une description des étapes à réaliser entre 2 consultations, à des vidéos explicatives, à un coach digital qui l’aidera au quotidien à bien suivre son plan de traitement, et sera également valorisé et motivé avec un outil de récompenses, le tout orienté gamification ! De son côté, le praticien peut accéder à des graphiques et statistiques clairs et synthétiques sur le déroulement des plans de traitement en cours, et sur son cabinet, lui permettant ainsi de sécuriser la réussite du plan de traitement de ses patients.
     
  • Un premier médicament connecté : aux Etats-Unis, le laboratoire OTSUKA, propose un médicament "intelligent" qui permet de vérifier le suivi d'un traitement pour des patients atteints de schizophrénie, baptisé Abilify MyCite. Ce médicament connecté combine un patch et une molécule thérapeutique, le patient avale une pilule contenant un capteur, de la taille d'un grain de sel. Au contact des sucs gastriques, il produit un signal électrique, qui sera capté par un récepteur qui se trouve sur un patch collé sur la cage thoracique du patient. Le patch transmet alors ces informations, comme la date et l'heure d'ingestion du médicament, via un signal Bluetooth à une application smartphone. Cette technologie innovante soulève des questions éthiques sur le contrôle des données recueillies. L’agence fédérale américaine a toutefois souligné que « la capacité du produit à améliorer la manière dont les patients se conforment à leur schéma thérapeutique n’a pas été démontrée ».

Les industriels du médicament, les groupes hospitaliers, les acteurs du numérique et les start-up se sont donc emparés du sujet du manque d’observance, et tâchent d’y répondre par diverses solutions. Ces acteurs réussiront-ils à inverser cette tendance de mal-observance en proposant des solutions numériques innovantes orientées patient ? Qu’en pensez-vous ?

Pour en savoir plus

Orange Healthcare et l’industrie pharmaceutique

Health Data Solutions : la nouvelle offre d’hébergement de données de santé

Kim Le Doare
Kim Le Doare

Consultante e-santé pour Orange Consulting, je suis passionnée par le sujet de la santé et les enjeux du digital dans ce secteur. J'accompagne les entreprises du secteur de la santé dans leurs projets stratégiques, innovants de transformation à destination des clients et collaborateurs.