[Infographie] Crise sanitaire : les données mobiles pour « comprendre le présent et préparer l’avenir »

La crise exceptionnelle que nous traversons bouleverse notre quotidien à tous les niveaux. Déplacement des populations, fréquentation des centres-villes et des zones commerciales : sur l’ensemble du territoire, les comportements habituels sont fortement affectés. Les statistiques fournies par Flux Vision permettent de compléter des analyses comportementales et économiques, telles que la compréhension de l’impact des mesures sanitaires. Pascal Chambreuil, manageur de l’équipe Flux Vision, nous éclaire sur l’utilisation des données mobiles pour mieux faire face à la crise.

 

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Comment pouvez-vous garantir que la collecte des données mobiles soit anonyme et conforme au Règlement Européen sur la Protection des Données (RGPD) ?

Pascal Chambreuil – « Ces chiffres s’appuient sur la solution Flux Vision, is-sue de la R&D d’Orange. Nous proposons depuis 2013 des indicateurs de déplacement basés sur l’observation du réseau mobile Orange. Flux Vision a bien sûr été construit en conformité avec les critères établis par la CNIL et maintenant le RGPD.

Les informations de connexion sont reçues et agrégées en temps réel à l’échelle d’un ensemble d’antennes relais. Elles ne sont jamais stockées : seuls les totaux, calculés à la volée sont conservés. Nous n'effectuons que des comptages et ne gardons jamais l’identifiant. Ainsi, nous ne pouvons pas l'associer à une adresse e-mail, une adresse ou tout autre élément d'une base de données individuelle. Ces data sont basées sur un échantillon national composé de 27 millions d’appareils connectés à notre réseau. Nous sommes ensuite en mesure d’établir par extrapolation le comportement de la population dans son ensemble.

Durant la crise sanitaire, les informations restituées reflètent les variations de fréquentation et de déplacements de la population entre une situation dite « normale », sans mesures particulières, et les deux premières semaines de novembre 2020 pour ce deuxième confinement. »

Pouvez-vous nous en dire davantage sur la baisse des déplacements lors du second confinement ?

« Nous observons effectivement un impact sur les déplacements à travers le territoire lors des deux premières semaines de novembre. Toutefois, il est moins marqué que lors du premier confinement, durant lequel les écoles étaient fermées et le télétravail était plus fort. Pour être plus concret, les déplacements avaient chuté en moyenne de -70% à -60% par rapport à la normale entre le début et la fin du premier confinement. Aujourd’hui, ils se situent à -30% de l’activité normale.

On comprend ici que l’ouverture des établissements scolaires et de certains lieux de travail joue un rôle clé dans les déplacements des personnes. Cette tendance est démontrée par plusieurs phénomènes. Tout d’abord, la mobilité chute de manière plus impressionnante entre 19h et 23h, lorsque les activités professionnelles et scolaires ralentissent (-51% à -43% de déplacements). En-suite, nous remarquons que la baisse est significativement plus forte lors du weekend, durant lequel on observe -50% de déplacements par rapport à une activité normale. On retrouve alors une activité quasi similaire à celle observée lors du premier confinement.

Enfin, les trajets de plus de 50 kilomètres sont largement plus impactés que ceux de moins de 5 kilomètres. En effet, les longs trajets sont réduits de -45% en semaine à -90% le weekend contrairement aux trajets domestiques qui subsistent davantage. Ces tendances confirment que les trajets locaux sont plus présents lors de cette nouvelle formule de confinement.

Ces informations permettent de rendre compte de l’impact des mesures sanitaires sur les déplacements. Elles sont notamment utiles pour dimensionner les services de transport et d’alimenter des modèles épidémiologiques. »

Dans ce cadre, comment décririez-vous l’impact de la baisse des déplacements sur les zones habituellement attractives ?

« Nous avons constaté une baisse de fréquentation sur différentes zones commerciales comme les centres-villes et les centres commerciaux. Lors du premier confinement, les centres-villes ont observé une baisse de fréquentation d’environ -73% en semaine et -78% le samedi pour les personnes restant moins de 3 heures. Selon les premiers résultats de ce deuxième confinement, l’impact est moindre mais la différence entre jours ouvrés et weekend est plus marquée. On observe une baisse de l’ordre de -30% en semaine et d’environ -50% sur le premier samedi.

Ces observations correspondent à nos premiers constats concernant l’impact de l’ouverture des écoles et des lieux de travail sur la mobilité. En effet, on peut observer une fréquentation bien plus marquée durant la semaine. Ce constat se dresse également pour les grands centres commerciaux. La fréquentation diminue de -60% en semaine contre -75% le weekend. Cette baisse était tout de même plus importante durant le premier confinement, durant lequel on observait -92% par rapport à la normale.

De manière évidente, les centres commerciaux subissent une décroissance plus importante que les centres-villes en raison de la fermeture des commerces. Néanmoins, l’affluence est toujours présente dans les centres commerciaux incluant des enseignes de première nécessité. On observe que la fréquentation y est plus active en semaine qu’en weekend. »

En quoi ces chiffres peuvent être utiles pour les acteurs publics et privés ?

« Lors du premier confinement, nous avons partagé des données statistiques aux institutions telles que l’INSEE, l’INSERM ou encore l’APHP afin de leur apporter une connaissance actualisée des mouvements de population à grande échelle et de la répartition de la population sur le territoire. En identifiant les régions subissant un gain de population inédit, cette connaissance a été utile par exemple pour dimensionner les ressources hospitalières et anticiper le matériel médical nécessaire.

Les données de mobilité avaient quant à elles été utilisées pour alimenter des modèles permettant de comprendre la propagation du virus et de mesurer la reprise économique lors du déconfinement.

Lors de ce second confinement, la situation a évolué : la propagation du virus est nationale et l’exode des personnes est beaucoup moins fort. Par conséquent, ces données sont moins nécessaires pour répondre à une urgence médicale, même si nous continuons à travailler avec l’INSERM et d’autres centres de recherches. Néanmoins, il est évident que les mesures sanitaires impactent la demande des voyageurs, des consommateurs ou encore des citoyens dans de nombreux domaines d’activités.

La solution Flux Vision, qui nous permet de générer ces chiffres, est utilisée par plus de 200 acteurs du commerce, du transport, du tourisme et des smart cities. Notre technologie est une aide pour dimensionner et adapter les services en fonction de l’affluence. Nous souhaitons aujourd’hui partager ces données issues de notre savoir-faire pour compléter des analyses économiques et marketing grâce à des statistiques comportementales dont nous disposons.

Pour comprendre le présent et préparer l’avenir, peu d’informations sont disponibles dans le contexte actuel. Dans ce cadre, l’infographie que nous proposons quantifie de manière macroscopique l’impact des mesures sanitaires sur divers comportements. Elle apporte de premières pistes permettant d’adapter les services en mobilité des territoires ou de comprendre l’attractivité de zones commerciales. Pour aller plus loin, nous avons la possibilité de travailler à des échelles locales et sur de plus longues périodes, tout en garantissant l’anonymat et le respect de la vie privée. »

Pascal Chambreuil
Pascal Chambreuil

Je suis l’un des fondateurs et le manageur de l’activité Flux Vision au sein d’Orange Business Services. Fort de ses 200 clients et présent dans 10 pays, Flux Vision est depuis 6 ans au service des acteurs du transport, du tourisme et du géomarketing.