La blockchain : le ticket gagnant pour améliorer la traçabilité des matières premières et l’économie circulaire ?

Dans le cadre des travaux que nous menons pour la Commission Européenne, afin de développer et tester de nouvelles solutions qui visent à améliorer l’infrastructure de blockchain européenne (EBSI), le cas d’usage de la traçabilité des matières premières a été documenté. Il illustre tout le potentiel de ce que la blockchain pourrait apporter à l’industrie télécom en Europe. Explications.

Pour concevoir la plupart des équipements électroniques que nous utilisons au quotidien, il est nécessaire d’avoir recours à des métaux rares et précieux. Or, nous le savons bien, l’extraction de ces métaux et leur approvisionnement n’est pas neutre. Et c’est encore plus vrai pour ce qu’on appelle les « minerais de conflits », tels que l’or, le tantale, le tungstène, etc., qui proviennent notamment d’Afrique Centrale ou d’autre régions à l’extérieur de l’Europe. En effet, leur exploitation peut se faire sans précaution pour l’environnement, au détriment des droits de l’Homme ou encore être liée au financement d’organisations impliquées dans des conflits armés.

De l'extraction des minerais jusqu’à la fabrication puis au recyclage, les industriels des télécoms et de l’informatique peinent à disposer d’une traçabilité détaillée de bout en bout de ces minerais. Traçabilité nécessaire à une gestion plus performante et plus responsable du cycle de vie de leurs produits.

Reconditionnement et recyclage : quels enjeux ?

Dans la gestion du cycle de vie d’un produit, telle qu’une Livebox par exemple, nous nous sommes intéressés aux deux étapes clés que sont le reconditionnement et le recyclage en fin de vie. Le recours à la blockchain optimiserait considérablement l’identification, le suivi et la traçabilité de cet appareil et de ses composants.

La remise à neuf des appareils intervient à l’occasion d’un retour client à la suite d’un dysfonctionnement ou à la fin d’un abonnement. Les appareils concernés sont acheminés vers le centre de reconditionnement qui va procéder à leur démontage, à une réinitialisation logicielle, au remplacement et au recyclage des pièces d’usure si nécessaire (carters, joints caoutchouc, câbles, emballage, etc.), avant de les réinjecter dans le circuit commercial. Il faut savoir qu’un même appareil est reconditionné 5 fois en moyenne au cours de son cycle de vie !

Dans le cas d’un appareil en fin de vie, celui-ci est acheminé vers l’entreprise de recyclage qui va prendre en charge son démantèlement et récupérer toutes les matières premières encore exploitables. C’est là que nous retrouvons nos minerais rares comme l’or ou le cuivre, mais également une grande quantité de plastiques réutilisables.

En remontant aux phases de fabrication et d'extraction, la blockchain permettrait de mieux anticiper (et éviter) les impacts liés aux extractions de matières premières. La qualité et la quantité précises de tous les composants recyclés pourraient être certifiées, permettant ainsi leur réinjection optimale dans le circuit de production.

Le recours à la blockchain permettrait également de mieux comprendre les impacts écologiques des opérations de reconditionnement et de recyclage et contribuerait directement à réduire l'épuisement des matières premières et l’empreinte carbone des industriels.

Le rôle de la blockchain ? Tracer, certifier et historiser les actions sur le produit et inciter les acteurs de la chaîne à minimiser leur empreinte environnementale.

Le rôle de la blockchain est particulièrement pertinent pour la mise en œuvre du passeport numérique des produits (DPP). La Commission européenne propose qu'à l'avenir, tous les produits réglementés obtiennent un passeport numérique contenant des informations sur le produit et ses composants. Le DPP permettra aux consommateurs et aux acteurs du secteur de réparer ou de recycler plus facilement les produits, limitera les déchets et facilitera le suivi des substances préoccupantes tout au long de la chaîne d'approvisionnement, conformément à la réglementation européenne. Des labels de produits, tels que le label énergétique de l'UE, peuvent également être introduits. Cela aidera les acteurs industriels et les consommateurs à vérifier de manière simple l'empreinte environnementale des produits qu'ils achètent. Cela permettra également de savoir si ces produits sont conformes aux différentes législations européennes qui garantissent la sécurité des produits ainsi que leur impact environnemental et énergétique.

En matière de traçabilité, Il faut savoir qu’un produit est divisé en plusieurs niveaux : le produit en lui-même, ses accessoires, les principaux composants utilisés pour fabriquer ce produit, et les substances chimiques qui sont utilisées pour permettre aux composants semi-finis d’adhérer les uns aux autres (exemple : résine). Une fois que le niveau de matière première le plus fin est atteint, les composants font l’objet d’une normalisation internationale appelée registre CAS (Chemical Abstracts Service).

Ces CAS vont donc se retrouver à différents niveaux de la conception du produit, et ce sont eux qui vont faire l’objet d’un suivi pour en optimiser leur utilisation et réduire la dépendance du continent européen vis-à-vis de certains minerais rares.

Grâce à la blockchain, toute la chaîne se retrouve ainsi identifiée et suivie : le produit fini et ses composants, les utilisateurs, le fabricant, le distributeur, les consommateurs, le reconditionneur, le réparateur et le recycleur. Le rôle de la blockchain sera donc de tracer, certifier et historiser toutes les actions survenues sur le produit.

Pour finir, afin de concrétiser l’engagement d’Orange envers le développement durable et répondre aux enjeux environnementaux de la Commission Européenne, cette solution blockchain sera développée en privilégiant par exemple, dans sa conception technique, l’utilisation de datacenters alimentés par un mix énergétique le plus vert possible.

Bénéfice ? Réduire l’utilisation de certains minerais rares...

Qu'il s'agisse d'un produit en fin d'utilisation ou en fin de vie, la traçabilité via la blockchain serait la clé pour donner aux autorités une vision complète des quantités totales de matières premières exploitées, de la production jusqu'aux phases de recyclage, valorisation et traitement des déchets. Se concentrer en priorité sur la traçabilité des minerais de conflit permettrait non seulement d'anticiper une exploitation excessive (c’est le cas notamment pour l'or) mais aussi d’éradiquer les conflits potentiels avec les régions du globe impactées.

Quant aux industriels, la raréfaction de ces minerais dans un futur proche les obligera à terme à travailler de plus en plus en écosystème fermé, favorisant ainsi l'économie circulaire.

Ils pourraient ainsi, avec l’ensemble de leurs partenaires, mettre en place une démarche globale d'éco-conception prenant en compte la durée de vie de chaque génération du produit mis sur le marché chaque année. Chez Orange, ce procédé en boucle fermée a déjà été testé avec la récupération des polymères ABS utilisés dans la production de la Livebox. Une démarche potentiellement réplicable à tous les niveaux si la future solution Blockchain est capable de suivre les niveaux de CAS des composants majeurs que sont le boîtier, la carte mère et le bloc d'alimentation.

De plus, la traçabilité permettra à chaque acteur de la chaîne de fabrication de mieux analyser leurs modèles d'éco-conception et ainsi améliorer le taux des matériaux recyclés récupérés permettant la fabrication de produits éco-responsables.

Plus globalement, les bénéfices d’une telle solution de blockchain permettraient évidemment d’arriver à une meilleure optimisation des opérations et des coûts, une meilleure anticipation des risques (disponibilité des matières premières, délais de livraisons, crises…), et une meilleure gestion de ces risques grâce à des mesures préventives ou correctives.

Ce qui est sûr, c’est que l’EBSI (European Blockchain Services Infrastructure) est un programme qui va ouvrir de nombreuses possibilités de cas d’usages. Nous aurons sans doute le plaisir de vous en partager d’autres prochainement.

 

 

Pour aller plus loin

Antoine Maisonneuve
Antoine Maisonneuve

Responsable du programme Blockchain d’Orange Business Services, avec le profil d’intrapreneur, je suis chargé de découvrir les cas d’usages les plus pertinents pour nos clients.
Depuis deux ans, nous travaillons activement avec cette technologie pour construire les fondations des réseaux de confiance de demain.